LA MILITARISATION DE LA PAIX.
ABSENCE DE TERREUR OU TERREUR DE L'ABSENCE ?
Par Reza Negarestani
(Traduit par Thomas Duzer)
Introduction
Cet article traite de la montée d’une nouvelle vague de terrorisme qui exploite sa propre
dissolution et utilise comme arme la doctrine de Taqiyya ou (dis)simulation stratégique en
démantelant l’aspect théâtral du champ de bataille et en choisissant les civils comme cible
privilégiée et « champ de bataille moléculaire ». Cette tendance est une menace non seulement
pour la survie globale des civils mais aussi pour l’horizon même de la survie ou de l’existence en
général. Elle fait de la survie elle-même un champ d’action pour le terrorisme extrémiste.
Quand la militarisation cesse et d’être un processus exclusivement lié au temps de guerre
et de n’appartenir qu’aux seuls champs de bataille, alors, même la paix – le vide
temporaire, le spatium entre les machines de guerre et la survie collective – peut être
militarisé. Ceci ne veut pas dire que l’on utilise la paix en tant que suspension temporaire
qui peut être exploitée, ou bien que l’on en profite comme d’un temps de répit nécessaire
à la militarisation en vue de guerres futures (qui concentre le plus des forces lorsque tous
les autres se reposent ?) D’une manière plus significative, cela signifie plutôt l’endomilitarisation de la paix elle-même ; la paix est directement utilisée comme une arme,
exploitée comme un nouveau plan d’invasion, d’insurrection, et pour des frappes
offensives contre les bases ennemies et/ou leurs réseaux de soutien.
De nouveaux modes de terrorisme menacent la survie au sens large en créant un état de
terreur généralisé dans lequel la mort se solidarise de tout instant vécu, et,
conséquemment, le contrôle. Une telle nécrocratie, c’est le but poursuivi par des agences
islamistes hérétiques et terroristes telles que Jama’at-e Takfir et ses agents, les Takfiri [1] –
un mouvement djihadiste militant croyant en la nécessité de l’excommunication absolue
des infidèles (le premier sens de ‘Takfir’ est « excommunication »). Ces agences ont
inspiré une nouvelle vague d’extrémistes religieux militants ainsi que d’autres groupes
terroristes obscurs qui exploitent l’endo-militarisation de la paix comme un nouveau
moyen de combat. Il a pour particularité que les lignes tactiques n’y sont pas alignées sur
(ou ne sont pas configurées par) le plan du conflit et les opérations militaires visibles
(champs de bataille, terrains de guérilla, combats de rue, etc.). Ses lignes tactiques ne sont
pas localisées et ce, contrairement à ce qui est la condition sine qua non des conflits directs
et des déploiements militaires. Elles ne sont pas positionnées pour couper, bloquer ni se
remplacer les unes les autres selon leurs différentes tendances, trans-orientations et
alignements. Ses opérations ont une relation oblique intégrale à l’incompatibilité
dynamique qui fournit la base et la matrice d’un engagement conflictuel militarisé.
Un Takfiri s’engage comme un terroriste de l’ombre dans la Guerre Blanche. On peut
parler d’endo-militarisation de la paix, d’un état d’hypercamouflage (mieux défini
comme chevauchement complet et donc symétrique entre deux entités sur un plan
méréotopologique [2] ). Jamais, dans cette guerre, la couverture du camouflage ne peut
être pénétrée ou perturbée, et l’emploi défensif du camouflage (mieux défini comme
chevauchement partiel entre deux entités ou plus sur un plan logique) est remplacé par
un déploiement hautement offensif, l’espace de l’hypercamouflage. Le mode de combat
choisi par les Takfiri revient à programmer un nouveau type de ligne tactique qui se
mélange totalement avec celles de l’ennemi en formant une configuration telle que
s’amorce une instabilité radicale et, finalement, se produisent des fissions violentes
provenant du sein même du système. Tout arrive de telle sorte que, non seulement le
rétablissement est impossible, mais, bien plus, que toute initiative correctrice ou
réparatrice se transforme inéluctablement en subversion militaire. Ceci est comparable à
une chimiothérapie qui tourne mal, ou à une cicatrisation excessive dans laquelle la
guérison et le processus d’épithélialisation, en l’absence de blessure, corrodent l’organe
par le biais d’une fibroprolifération (un processus de cicatrisation qui transforme une
blessure locale en une métastase cicatricielle) finissant par provoquer une lyse et une
décomposition. En tentant de se défendre, l’ennemi ne peut que se nécroser et se
dissoudre.
LA TERREUR PROFONDE : le déclin de l'ennemi et la montée des alliés obscurs
Le manifeste d'Abdu-Salam Faraj, Jihad : l’Obligation Absente – dans lequel la pragmatique
politique malveillante et la perversion tactique sont posées soigneusement dans un
contexte de justification évangélique et d’apologétique théo-tyrannique – est une étude
de ce mode de combat : la Guerre Blanche ou la militarisation de la paix, dont le moteur
principal est un hypercamouflage agressif.
Le but de l’hypercamouflage est de poursuivre - de la manière la plus discrète qui soit combat et survie aux côtés de l’ennemi. Ami en surface, il est pourtant invariablement
ennemi parmi ses ennemis ; on assiste à l’apparition d’un nouveau type d’adversaire.
Dans son livre, Faraj, le terroriste et adepte Takfiri, façonne une forme de Jihad fétichisé
qui suggère que la pointe incandescente du Jihad doit être introduite en chacun, dans
n’importe quelle entité, où qu’elle soit localisée géographiquement, quelle que soit son
ethnie, qu’elle ait ou non un rapport au Jihad, qu’elle soit islamique ou infidèle. Bref, le
Jihad en tant que mouvement universel. Le titre original de ce livre dont la traduction a
été simplifiée en Jihad : l’Obligation Absente est Jahad : Fariezato Ghaebata (ou Jihad : Fariezeh
Ghaeb). Fariezeh signifie « devoir sacré », mais pas un devoir subjectivement autoritaire tel
qu’exigé par la Huda (la tutelle d’Allah), la « totale soumission » (Islam) à Allah. Ghaeb
veut dire « absente », mais, dans les textes islamiques et spécialement dans les livres
chiites, ce mot possède une immense potentialité herméneutique que le terme « absence »
ne peut pas prétendre traduire ; en fait, plus qu’une simple absence, Ghaeb indique une
potentialité latente, telle que, par exemple, la latence ou période d’inactivité d’un virus.
Cette latence doit être distinguée de celle qui est visible et actualisée, et qui est
responsable de l’altération et du changement : Imam Mahdi (le 12ème Imam et
l’annonciateur de la Qiyamah, l’apocalypse islamique) est absent (Ghaeb) mais affecte
l’Islam et ses fidèles plus que quoi ou qui que ce soit de réellement présent. Le Mahdi
représente une potentialité qui ne cesse d’avoir des effets. Cependant, dans le livre de
Faraj, cette définition, qui est un socle théologique et eschatologique fondamental pour
son argumentation, est éclipsée par un message à la fois plus accessible et divergent du
sens originel : le Jihad devient une responsabilité sacrée bien qu’elle ne soit pas présente.
Le livre de Faraj ajoute une nouvelle torsion à la tactique des extrémistes religieux
hérétiques tels les adeptes Takfiri : la déformation et l’altération de la fonction originaire
pieuse et défensive de la « Taqiyya » (Taghieh) à l’aube de l’Islam. Plus qu’une
(dis)simulation stratégique – comme le déguisement justifié des vraies croyances dans les
situations où les blessures ou la mort seraient inévitables si les vraies croyances étaient
proclamées [3] (le sens le plus large de Taqiyya est « éviter tout type de danger ») – son
sens est réinterprété et dévié vers une infiltration militaire fluide et silencieuse, une série
d’actions qui forme l’un des composants élémentaires du Jihadisme fétichisé.
La manière dont Faraj considère la Taqiyya est tout à fait différente de cette tendance
protectrice ou défensive – tactique d’évasion – qu’elle était au tout début de l’Islam.
Dans l’Obligation Absente, la Taqiyya est remodelée comme un type de simulation ou de
dissimulation stratégique, au nom d’une politique hostile. Néanmoins, que ce soit dans
sa forme traditionnelle ou dans sa nouvelle version armée, la Taqiyya est fortement reliée
à la notion de survie. Au sens traditionnel, il en est ainsi simplement parce qu’en suivant
la Taqiyya, le croyant survit dans des circonstances difficiles. Mais dans la Taqiyya
militarisée, la survie s’apparente à une sorte d’endurance hautement parasitique qui est
une menace pour la catalyse de tous ceux pour qui la survie est affaire plus facile. Celle-ci
devient aussi risquée et contagieuse qu’une maladie mortelle. Faraj insiste sur
l’impossibilité de séparer Jihad de Taqiyya. Tandis que les croisades transgressent les
frontières pour reconquérir les terres saintes, dans la tradition islamique le Jihad ne peut
pas en soi être transgressif ; il doit seulement défendre les terres saintes et les possessions
islamiques (lesquelles ne sont pas nécessairement associées à des instances
géopolitiques). Mais comme des figures du Renouveau de l’Islam telles que Sayyid Qutb
[4] et Shukri Ahmad Mustafa ont détourné tout le paysage de la pensée islamique, la
défense hérétique des « possessions » de l‘Islam est devenue une « défense » universelle
englobant des vagues massives d’assauts épars et une subversion militaire ayant
tendance à exclure tous les êtres à l’exception de la terre monopolisée par le divin (le
désert). « La terre elle-même va vers Allah en se soumettant à la Volonté ‘’extérieure’’
d’Allah ; ou, autrement dit, la Terre n’est-elle pas une partie et une propriété de l’Islam
(soumission totale à Allah) qui doit être défendue ? » : Qutb retourne le problème
puisque toute pensée théologique se fait ravager par la dictature monopolistique et la
monomanie. La Terre elle-même devient un élément de la politique défensive du Jihad
[5]. Ahmad Mustafa, qui est un des théoriciens du culte Takfiri originel, suggère
également que « Nous sommes en train de retourner à l’Islam », et que ce Grand Retour
demande une soumission au Désert du Divin : il ne s’agit pas d’une réponse
réactionnaire faite aux infidèles, insiste-t-il, mais seulement de la voie vers l’Islam qui est
violemment condamnée par le reste du monde – un monde dont l’horizon tout entier,
d’ailleurs, est déjà en fait un élément de l’Islam. Le discours de Mustafa part d’un
monothéisme déviant et le mêle de manière hérétique aux fondations de l’Islam – créant
un mouvement rétrograde vers un fantasme auto-déceptif et romantisé de l’Islam
originel. A cette notion de Jihad qui tente de considérer la Terre comme une partie de
l’Islam (la Terre comme partie de l’univers est sur le chemin de la soumission totale – Islam
– à Allah) Faraj ajoute subtilement la politique de la Taqqiya. Ainsi que Faraj le confesse
lui-même, cette (re)prise de la Terre n’est pas une tâche facile ; d’où la nécessité d’être
armé de la Taqqiya et de son potentiel d’insinuation et de diffusion à l’intérieur des
systèmes et des peuples des pays non islamiques.
Selon Faraj, les nouveaux points de doctrine de la Taqiyya armée peuvent être énumérés
comme suit :
(i) La Taqiyya en tant que dissolution de soi-même et de l’autre.
La Taqiyya devient une politique destinée à sortir la guerre du champ de bataille (il est dit
dans son livre extrémiste Jihad que la guerre doit se dérouler partout, excepté sur le
champ de bataille ; cette guerre est externe au champ de bataille conventionnel. « La
guerre n’est pas un théâtre, infidèles ! » crie Faraj). Ainsi s’agit-il d’introduire les entités
jihadistes parmi les civils et toutes les autres entités politiques, économiques et culturelles,
qui, à première vue, pourraient apparaître non pertinentes, en se mêlant à la foule, loin
des lignes de front. « Vers l’omniprésence réelle de la guerre qui efface progressivement
la platitude du champ de bataille », la doctrine de Terreur se transforme volontairement
en un mouvement sinistre de totale auto-dissolution. L’usage de la Taqiyya comme
politique (para)offensive n’est toutefois pas une invention de Faraj, du culte Takfiri, ni
même des extrémistes Wahhabites. On pourrait retrouver sa trace jusqu’à chez Hassan iSabah, mais ce n’est pas son invention non plus (bien qu’il l’ait améliorée et militarisée de
manière stricte). En fait, on peut faire crédit de la Taqiyya considérée comme une
politique (para)offensive destinée à se mêler à la foule (par opposition à la Taqiyya en tant
qu’outil de dissimulation pour éviter le danger, ainsi qu’on l’entendait aux débuts de
l’Islam) à Abdullah ibn Maimun ou Maymun (et son culte Batiniyya, l’une des sociétés
islamiques hérétiques et souterraines, ainsi que les mouvements subversifs qu’il a fondés
et qui sont devenus plus tard les sectes Isma’ilie dirigées par Hassan i-Sabah). Maimun
est cet occultiste persan, saboteur politique et conspirateur qui a sapé le règne des califes
en Egypte (d’où le culte Takfiri est originaire, avec ses figures influentes telles que Qutb,
Mustafa, etc.) et préparé la région pour ses ambigus et mystérieux alliés, Al Fatemids
(Fatemion) qui devinrent plus tard les ennemis les plus enthousiastes des califes et de
leurs modes conventionnels de militarisme. Faraj, qui suit de très près la politique d’Ibn
Maymun, suggère que la Taqiyya ne devrait pas être simplement une tromperie, une
tactique cachée ; elle devrait consister en la recherche du plus haut degré de mimétisme
avec les infidèles et leur civils : « s’ils se droguent nous devons nous droguer aussi, s’ils
se livrent à tous les types d’activités sexuelles, nous devons mener ces activités à l’excès
», etc. L’extrémiste jihadiste doit se confondre avec les « infidèles les plus infâmes ».
(ii) La Taqiyya en tant que militarisation (para)offensive des civils.
En référence à la politique de Faraj, qui considère la Taqiyya comme un élément
inséparable du Jihad, l’expert anti-terroriste français et président de l’observatoire
international du terrorisme basé à Paris, Roland Jacquard, montre brillamment qu’un
Takfiri guidé par la Taqiyya est lui-même une bombe prête à l’emploi, qu’il passe ou non à
l’action (il a une mission). Lorsqu’un Takfiri se confond avec les civils ordinaires – ne
dissimulant plus mais se comportant comme un vrai civil infidèle dans chacun des
aspects de sa vie publique et privée – alors l’arme commence, de façon autonome, à être
activée par l’autre camp ; le gouvernement (d’un pays étranger non islamique, par
exemple) commence à filtrer, purger et pourchasser ses propres civils, en réduisant ses
droits, en les confinant dans une quarantaine économique, sociale, et politique afin
d’isoler ou même d’éradiquer la maladie et, en même temps, ses hôtes potentiels. Chaque
individu est potentiellement une cellule ou une niche Takfiri, un site d’infestation, une
cible militaire primaire. Ainsi, la phase la plus offensive et active de la vie d’un Takfiri
n’est pas celle où il (ou elle) est engagé dans une mission à haut profil, comme celle du 11
septembre, mais plutôt lorsqu’il (ou elle) devient un simple civil, totalement désarmé et
dissocié de toute ligne de commandement. Un Takfiri se confond avec chacun et, en
conséquence, chacun se confond avec lui ; lorsque l’on en vient à chasser un Takfiri, on en
vient inéluctablement à exterminer des entités non-militaires, bien loin des champs de
bataille, au cœur de ses propres terres.
(iii) La Taqiyya est un déclencheur de la Guerre Blanche.
La Taqiyya déséquilibre l’intégralité de la dynamique conventionnelle entre machines de
guerre, une dynamique qui les voit s’affronter, se pourchasser, et se consumer l’une
l’autre. Ce processus de mise en déséquilibre ne sert pas à déplacer la bataille le long
d’un axe ''victoire-défaite'' mais seulement à déséquilibrer les liens de communication
entre deux modalités tactiques : des lignes militaires actives à un pôle et des lignes virales
latentes non-tactiques à l’autre. Le Takfiri met en sommeil tout son potentiel militaire,
"meurt" tactiquement (en n’étant même plus camouflé), et ressuscite plus tard en sa vraie
forme. Les machines de guerre Takfiri du Jihad extrémiste opèrent sur des lignes tactiques
transitoires et divergentes. En conséquence, on ne peut ni les rejoindre ni communiquer
avec elles ; la communication étant la condition sine qua non pour l’affrontement entre des
machines de guerre, celui des conflits militaires basés sur l’entropie, des mécanismes
considérés par Deleuze et Guattari comme les processus qui créent, en tant que tels, la
machinerie et l’espace de la guerre.
(iv) La Taqiyya en tant qu’outil de désertification.
En donnant au Jihad fétichisé une machinerie épidémique omniprésente, la Taqiyya
permet à Faraj d’ouvrir une nouvelle ère dans l’imaginaire des mécanismes d’extinction,
de sabotage et d’éradication relatifs aux aspects pyromanes de l’hérésie et de la théotyrannie dangereusement romantique. Faraj met en avant le fait que "leur" (il nomme
rarement ses soi-disant ennemis : les USA) machine de guerre militaire repose surtout
sur « le principe de mort massive » [6], ou bien, ainsi qu’ils le disent, "la mort venant d’en
haut" (destruction massive, drones tueurs, avions high-tech, bombes intelligentes,
"Choquer pour se faire respecter", "Mère de toutes les bombes", missiles invisibles venant
de nulle part). C'est pourquoi Faraj présente une alternative Takfiri à cette machinerie et
propose une nouvelle doctrine d’hypercamouflage qu’il appelle « mécanisme de dieback »
[7], terme emprunté à la botanique et à l’agriculture. Ce qu’il définit comme "dieback"
peut s’appliquer à une « civilisation aussi bien qu’à un arbre ou toute collectivité de type
arborescent ». Afin de mener un arbre à sa destruction, un terroriste Takfiri n’interfère
jamais avec les racines ni n’essaie de déraciner l’arbre entier, une action qui n’arracherait
que les racines principales, laissant ainsi les radicelles et diverses autres parties des
racines dans le sol, substrat qui pourrait donner naissance à d’autres arbres. Le terroriste
ou extrémiste jihadiste lance une maladie dieback contre l’arbre ; pour être précis, il
commence par détruire les feuilles les plus petites et vivaces qui poussent au sommet de
l’arbre et de ses branchettes, puis continue son travail vers le reste des feuilles, sans
endommager le tronc ni les racines. En détruisant les feuilles du sommet vers la base et
en suivant les branchettes, l’arbre s’affaiblira peu à peu : coupé de tout contact et
déprimé, il finira par être incapacité et commencera à (sur)réagir d’une manière
autophagique et allergique à l’isolement artificiel provoqué par la maladie dieback. La
Taqiyya fournit aux Takfiris l’opportunité idéale pour utiliser cette machinerie dieback ; en
partant des feuilles (les civils ou ce qu’il nomme ‘’entités superflues ‘’) et des branchettes
(petites organisations, etc.), pour finalement détruire tout l’arbre sans avoir jamais lancé
aucune attaque directe contre ses principaux organes.
Lorsqu’un arbre est infecté par une maladie de type dieback, seules les feuilles et les
branches sont détruites ; toutefois, en l’absence de feuilles et de branchettes, l’arbre
devient graduellement soumis (surexposé) aux facteurs environnementaux, tous ses
systèmes se verrouillent dans des programmes dysfonctionnels qui affaiblissent le
système immunitaire et consument l’arbre de l’intérieur. Les différentes étapes d’une une
maladie dieback civilisationnelle seraient les suivantes : paranoïa, insuffisance des
investissements, les civils comme cibles principales pour les deux camps, déréliction.
C’est la conséquence d’une réaction de l’arbre infecté qui, plus qu’une tentative de retour
à la santé, s’avère en fait une autodestruction. Dans ce système, cette autodestruction (ou
auto-rétablissement dysfonctionnel) peut être définie comme une panne des mécanismes
responsables de la reconnaissance immunitaire, et comme l’induction d’une réponse
immunitaire contre les composantes du soi. Une telle catastrophe mène à la
reprogrammation du système (immunitaire) dans l’optique d’une détérioration du soi.
Un Takfiri guidé par la Taqiyya, alors, n’est rien de plus qu’un civil. En se détruisant luimême, il détruit aussi les entités civiles, et parvient donc à appliquer le mécanisme dieback
au système.. La Taqiyya armée n’est pas directement connectée au mécanisme dieback ;
mais c’est un modèle qui fait passer le Takfiri d’une Taqiyya comme simple camouflage, à
une Taqqiyya plus puissante, véritable plan logistique vers lequel les tactiques et stratégies
(para)offensives peuvent converger puis s’amplifier. Lorsqu’un Takfiri extrémiste utilise la
Taqiyya, il implante ses mécanismes de sabotage parmi les civils dont il se sert comme
backdoors. Un Takfiri guidé par la Taqiyya passe du rôle de figure opérationnelle clé dans sa
propre armée à celui de civil ; à ce stade, la Taqiyya donne réellement accès, non pas à des
cibles importantes, mais aux civils ordinaires (la tactique primaire d’un mécanisme
dieback), et donne au Takfiri l’opportunité de confondre et d’opérer en réalité la distorsion
de tous les diagrammes et cartes qui permettent de distinguer le civil du terroriste. A
travers cette backdoor, un Takfiri peut à la fois infliger des dommages aux civils (ou aux
entités superflues d’un arbre, ou considérée comme telle) d’une manière plus efficace et à
une plus large échelle, et déjouer ses systèmes de protection en se les assimilant, et en
étant assimilé par eux.
Les doctrines originelles du culte Takfiri proviennent de l’enseignement de Qutb et de
celui Shukri Ahmad Mustafa. Faraj, influencé par la doctrine du ‘’Takfir wal’’Hijra’
(excommunication et exode) –imitation du prophète qui quitte la Mecque et la Maison
d’Allah pour vivre dans un désert purifié, purgé de toute manifestation d’idolâtrie –
énonce une nouvelle vision du désert et de la désertification, vision étrangère à l’image
conventionnelle du Désert qui est familière à la dynamique socio-politique, et en
particulier à celle de l’Occident. A plusieurs niveaux différents, , ce désert englobe
l’intégralité des tendances radicales de l’Islam, depuis l’incessante extériorité d’Allah à
l’Homme, en passant par le désert considéré comme le simple plan fonctionnel de
soumission à cette extériorité radicale (Allah qui ne sera jamais révélé), jusqu’aux
composantes nomadiques originelles du Jihad. Un nomade du désert ne migre pas, car il
est soumis de façon minimale à l’influence des facteurs climatiques ; il creuse ses propres
tunnels, réalise ses propres niches à l’intérieur du désert, traverse les dimensions des
espaces lisses et ouverts, et ce, en les exploitant et en les trahissant. Les scorpions creusent
; ils ne sont pas architectes, ils ne construisent pas des agrégats de solide et de vide. Ils ne
bougent pas non plus perpétuellement ; ils dévorent et agrippent les espaces. Pour eux,
l’espace ouvert n’est pas un simple lieu où habiter, un endroit où résider (une niche à
occuper), il est, au-delà, le Lieu de la Guerre (dâr al-harb), l’espace ouvert d’une chasse non
sélective. Mustafa introduit hystériquement cette machinerie et notion du désert dans
tous les aspects de sa pensée, et ce, à un tel degré que son culte a été moqueusement
appelé ‘’la société de la flagellation du désert’’. Il est plutôt ironique de révéler la
profession réelle de Mustafa : il était un agronome très talentueux.
Prenez une forêt russe au bord de la toundra, et dont les arbres ont été tués en étant
frappés par un black-rot et un dieback hivernal. Au sens Takfiri, les arbres ravagés ne sont
pas différents d’un désert sans arbre : le dieback purifie, désertifie l’organisme infidèle, et
le conduit vers la désolation totale du Désert du Divin.
Dans le sillage de la Taqiyya armée, ce n’est plus le Takfiri qui est le problème ; ce sont les
civils autochtones du pays, plus que les immigrants, qui posent une menace sécuritaire
ultime. Il n’y a pas d’acte de guerre plus radical que le combat dans des champs de
bataille molécularisés, constitués d’entités sans importance, et dont la potentialité
conflictuelle a déjà été neutralisée.
Exploration logique de l’hypercamouflage versus conflit nomade
« Dans le passé, on a pris une attitude plus défensive » écrit Koch qui se réfère à la théorie
des miasmes. « Nous avons maintenant quittés ce point de vue défensif et sommes
passés à la compréhension de l’offensive… Nous devons être préparés, d’abord, à détecter
facilement et avec certitude le matériau infectieux, et ensuite, à le détruire. » (Koch, 1903,
8, 10). Pour Koch, mener l’offensive revient à rechercher activement les parasites non
seulement chez ceux qui sont visiblement malades mais aussi chez ceux qui peuvent être
« suspectés » de les abriter (die Verdächtigen) et ceux qui sont « apparemment en bonne
santé » [8] Toute machine de guerre ou ligne tactique occupe une niche (que ce soit en
temps de guerre ou de paix), un espace où elle peut se déplacer, se nourrir et fonctionner
; elle n’est pas seulement définie par les propriétés distinctives d’une ligne tactique ou
d’une machine de guerre, mais aussi par ses ennemis, la dynamique incompatible des
autres lignes tactiques, les différents types de prédateurs, l’exposition aux facteurs
environnementaux, ses zones de contact par lesquelles il reçoit les données de
l’environnement, les types de données reçues, et sa proximité à ce qu’il pourchasse ou
explore (il existe une incompréhension répandue qui attribue une frontière solide ou
friable aux niches ; mais les niches se forment partout où une entité ménage une partie de
son environnement et y survit et fonctionne [9]). A un temps donné t, l’entité r occupe un
lieu (ou un ensemble de lieux) unique [10] ; son mouvement peut être plus simplement
exprimé en terme de niches que l’entité occupe à des intervalles de temps successifs. Ce
lieu est encodé par la niche que la machine de guerre ou la ligne tactique occupe. Les
fonctions d’une niche ne sont pas simplement disjonctives ou exclusives (par exemple,
les mouvements sélectifs qui résultent de l’exclusion d’autres parties de l’environnement
ou des lignes de mouvement) mais aussi connectives et conjonctives. En fait, les niches
mobilisent leurs entités occupantes avec leurs types caractéristiques de dynamiques, en
les associant avec d’autres niches fondées sur l’affordance [11]) nécessaire pour suivre une
tendance ou un avion, ainsi que partager avec d’autres niches et ses habitants. La
programmation d’une niche est la première opération fondamentale quant à l’ingénierie
ou à la recomposition d’une entité. Par conséquent, la signification de l’exploration des
niches ou des types de niches (plus que d’une niche particulière et de ses occupants)
augmente progressivement avec le développement et l’émergence de nouvelles lignes
dynamiques, de formations de pouvoir, d’espaces de circulation, et de plans de
conjonctions communicatives. L’Etat et son réseau de domination identifient les
mouvements d’une entité (r) dans une niche (qu’elle soit quantitative – mesurable – ou
qualitative) par la série des lieux qu’il authentifie et enregistre alors qu’il voyage :
r( x , x , x ,..., x )
1 2 3
n
Pour l’Etat, la dynamique des machines de guerre, la manière dont chaque machine de
guerre perpétue la ligne de son itinéraire, peut seulement être tracée et étiquetée
numériquement grâce à la logique des frontières, la programmation des systèmes
d’accommodement d’habitation et les (dis)locations que l’Etat est capable de suivre en
contrôlant les niches et leurs adresses dynamiques. En surveillant les frontières à travers
lesquelles les entités passent, en explorant les effets temporels sur (ou l’altération de) les
forces de la territorialité que les entités mouvantes laissent derrière elles, leur type de
localisation, et leurs comportements envers l’économie méréologique (l’économie du
tout), l’Etat peut fabriquer un cogito (une cognition non humaine) non seulement pour
comprendre mais aussi pour classer les mouvements des entités et la dynamique des
machines de guerre dont l’itinérance nomade immodérée signifie qu’ils ne peuvent pas
être appréhendés ou perçus par l’Etat. Il s’agit du cogito requis pour l’appropriation des
machines de guerre par les protocoles et les formes militaires de l’Etat. Lié à une
segmentarité (semi-)rigide, la dynamique des frontières, les connections basées sur
l’affordance et les localisations statiques et dynamiques (ou plus précisément, des
localisations in situ et ex situ), l’Etat examine l’espace dynamique de chaque entité et de
ses activités – ces activités correspondent à ces régions fonctionnelles, territoriales et
méréologiques – non seulement afin de lire les caractéristiques d’une entité mais aussi
pour la localiser sur son réseau de domination. L’Etat et toutes les configurations de
l’Economie de Survie suivent les entités à travers la ou les niches qu’elles habitent ou
peuplent. Pour l’Observatoire militaire de l’Etat, explorer et suivre l’évolution de la niche
est la tâche centrale et primordiale ; la ligne itinérante d’une entité ou d’une machine de
guerre, ses communications et ses traits fonctionnels sont déchiffrés en scannant la niche
et le type de niches que la machine de guerre occupe. Les machines de lecture avancées
de l’Etat sont même capables d’extraire l’essence même d’une machine de guerre ou
d’une entité en analysant les caractéristiques de la niche qui sont intrinsèquement liées à
l’affordance, à la dynamique des forces des frontières, et aux principes écologiques.
Cependant, comme les niches sont des entités connectives (l’entité en tant qu’événement
au sens deleuzien), elles n’appartiennent pas exclusivement à une seule entité ou à un
seul locataire. Des entités multiples peuvent partager une niche, et des niches peuvent
former d’autres niches (les forces territoriales diminuent – mais ne disparaissent jamais –
en regroupant les liens) se reliant les unes aux autres, se connectant de diverses manières.
Pour leur plus grande part, les modes de connexion entre les niches se divisent en deux
corrélations asymétriques :
a.
Butée (B)
b.
Chevauchement (C)
Dans le modèle de la machine de guerre nomade de Deleuze et Guattari, les machines de
guerre sont extérieures aux frontières de l’Etat, et les érodent sans cesse, rongeant les
limites consolidées de l’Etat. La modélisation logique des interactions entre les machines
de guerre nomades extérieures et l’Etat est principalement compliqué par les problèmes
suivants : (a) L’Etat et la machine de guerre maintiennent tous deux un mouvement
relatif l’un à l’autre (chaque dynamique sur son propre plan tactique) qui fait des
machines militarisées de l’Etat et des machines de guerre nomades des entités glissantes
avec une capacité de déplacement augmentant à mesure que les attaques et les contreattaques s’intensifient aux limites de l’Etat.
(b) La montée de l’Etat clandestin, qui s’ouvrent aux machines de guerre nomades pour
les absorber dans ses formations militaires par des contacts continus avec les machines de
guerre nomades (de tels contacts sont essentiellement liés à des potentiels de
contamination à la fois pour l’Etat et les nomades) ou réinvente des machines de guerre
nomades avec ses mercenaires, des lignes dynamiques pour étendre l’Etat au-delà de ses
frontières, une nouvelle frontière dynamique qui donne à l’Etat l’opportunité d’adapter
(coloniser ?), d’avoir une affordance [12] économique avec l’Extérieur, au lieu d’être
déchirées par l’Extérieur. En se concentrant sur l’aspect spatio-géographique de la
machine de guerre (nécessairement interconnecté avec son aspect affectif) – ou, plus
précisément, en explorant un modèle méréotopologique de la machine de guerre nomade
et de l’Etat à travers leur mode distinctif, mais général, de connexion qui peut être saisi
comme une butée ou connexion externe – peut-être la tâche première pour tracer le
diagramme de l’espace des affects et les lignes du mouvement qui sont générés entre le
nomade concret et l’Etat. Cette modélisation, à la fois spatio-géographique et
méréotopologique (et donc qui indique nécessairement un espace affectif immanent) de
la machine de guerre nomade et de son positionnement relatif à la frontière de l’Etat
élucide le processus en jeu dans l’émergence d’états nomades anomaux (comme le cas de
« l’état de guérilla » et de ses connexions avec l’ethno-nationalisme en Iran ou les tribus
nomades des Bédouins et leurs liens forts mais ambigus avec le gouvernement Saoudien)
aussi bien que le risque croissant pour les machines de guerre nomades engageant des
états clandestins ou des états aux frontières obscures.
Positionnement de la machine de guerre nomade sur un plan méréotopologique
La Butée (fig.1) est une connexion externe qui implique un échange minimal entre les
niches ou les entités (c’est la connexion la moins contagieuse, compte tenu de sa tendance
à la dissociation). Elle se distingue par son caractère intermédiaire entre le
chevauchement partiel et la disjonction ; elle relève d’un contact tangentiel et d’une
superposition des frontières.
Ce qui avait été la frontière de défense de l’Etat est continuellement érodé par la marée
insouciante et le mouvement de dérive des machines de guerre nomades. Ce mode de
connexion (la Butée) a peu à peu perdu de sa signification opérationnelle, d’une part avec
l’émergence de machines de guerre symbiotiques et de manipulation, ainsi que la
militarisation secrète, et d’autre part avec les réformes poussées de l’Etat en vue de
l’adaptation (ou de la colonisation) du Dehors. Ces dernières sont connectées à la fois à
l’introduction de facteurs climatologiques territoriaux [13] sur les dynamiques des blocs
nomades, et au développement de nouveaux modes de survie. Maintenant, l’Etat sait
bien comment préserver ses fondations, même si cela implique d’assembler des espaces
susceptibles d’être sujets à l’érosion des machines de guerre nomades, d’attirer ou de
détourner les incursions nomades vers des régions précises et préprogrammées afin de
protéger ses zones sensibles et ses mécanismes vulnérables, ou de transformer sa
macropolitique en une micropolitique viable, ouverte d’un côté et fondée de l’autre.
Pour une connexion Cτ , la Butée peut être représentée sur un plan euclidien 2 telle que:
Aτ(x, y) df Cτ(x, y) ∧ ¬Οτ( x, y ) (x est en butée avec y)
=
(où Oτ est une frontière de chevauchement)
Ou soit T = {X, cl} un espace topologique, où X est un ensemble de points et cl l’opérateur
de clôture. Soit I un ensemble quelconque qui inclut 0. Le domaine, D, d’un modèle
feuilleté est un ensemble non-vide de paires ordonnées xi = x,i où ∅ ≠ x ⊆ X et i ∈ I .
(la notation xi sera employée à la place de x,i ).
A(xi, yi) =: x ∩ y = ∅ & (cl(x) ∩ y ≠ ∅ or x ∩ cl(y) ≠ ∅) (est en butée)
Puisque la Butée relie des entités sur un plan tangentiel (confinium), l’Etat peut résister
effectivement à tout afflux entrant de machines de guerre nomades selon ce mode
connexion, et ce, avec un minimum d’usure et de dommage de ses zones internes (plan
de la logistique et des lignes de commande). En fait, l’Etat clandestin cherche à canaliser
tous les dommages causés par les machines de guerre nomades selon ce mode de
connexion. Il le fait en manipulant et sapant les menaces fondamentalement
contagieuses, et en les déviant vers des processus distributifs et récupérables ; ces
derniers peuvent même être programmés pour transporter l’Etat en dehors de ces
segmentarités rigides et ses liens despotiques à la territorialité, en prolongeant la survie
de l’Etat dans un mode fluxionnel à la manière de la machine abrasive qu’est le fluvius
(rivière) qui érode la solidité afin de le transporter par des champs vectoriels conservatifs
dynamiques de processus sédimentaires, capturant ainsi la fécondité et la capacité
d’irrigation. Avec des machines de guerre qui rongent infatigablement le textum de l’Etat,
qui incisent et dissolvent ses frontières friables, l’Etat commence à se répandre au dehors,
ce qui n’exprime pas seulement un effondrement de l’Etat, mais aussi la dangereuse
exposition de la machine de guerre nomade à la grille sous-jacente sur laquelle l’Etat est
assemblé, et qui maintient son espace entrelacé, c’est-à-dire à un réseau de processus
fondamentaux, à des mécanismes de régulation territoriale et de répression économique.
L’installation de l’avant-garde des machines de guerre nomades sur le plan de l’Etat, en
l’absence de toute machinerie neutralisant les fonctions de territorialisation et de
modération de l’Etat, relève d’un cas similaire à celui d’une ligne de déterritorialisation
précoce qui facilite à la fois l’établissement non conventionnel de nouveau Etats
immunologiquement amélioré ou d’un vol suicide. L’histoire perse raconte sur une
longue période (des Achéménides à la dynastie Qajar (1779-1925), soit plus de deux mille
ans) une telle conversion continue des forces nomades en forces étatiques, avant d’être de
nouveau remplacée par une autre population nomade (un soulèvement nomade cyclique
contre le régime en place avec une cellule germinale nomade toujours active mais
privatisée, à l’instar de l’élite de l’Etat, c’est-à-dire une institution militaire versatile). Un
tel effritement de l’Etat par des précurseurs nomades a progressivement permis la
montée d’Etats plus puissants (en termes de gravité, d’immunité et des résistance aux
parasites) mais aussi plus instables, et a conduit à une pauvreté politico-économique, au
manque d’un système nerveux autonome et la polarisation de populations différentes
sans la possibilité de diversité positive, à une vulnérabilité constante aux schismes,
guerres civiles, ainsi qu’à la généralisation de lignes de failles ethnonationalistes
délétères à un pays entier ou même à toute une sphère géopolitique.
Quand les processus abrasifs des machines de guerre maintiennent leurs positions
érosives – caractérisées essentiellement par le transport de dynamiques de friction
(tactionis) et les processus de gaspillage de masse – sur une longue durée aux bords de
l’Etat, entre l’Etat et les machines de guerre, des nexus territoriaux hyperactifs
augmentent et se répandent. Une fois que de tels nexus sont établis, l’économie sousjacente fondamentale de l’Etat (ou de ses forces territoriales), ses entités et même les
machineries internes de l’Etat se répandent directement dans l’espace traversé par les
machines de guerre nomades, et ce, à un tel degré, qu’elle envahit l’espace nomade et se
change en une extension dynamique de l’Etat [14]. Dans ce cas, les entités fonctionnelles
ou territoriales de l’Etat ne peuvent plus être effectivement enveloppées et transportées
par des machines de guerre nomades (de même dans le cas d’un contact tangentiel). Elles
ne peuvent être séparées de la grille de domination étatique et être totalement dispersées
vers le Dehors (fig. 2)
Le contact dangereux entre les machines de guerre nomades et l’Etat, qui les expose aux
sphères de régulation fonctionnelles/territoriales de l’Etat, peut finalement mener à
l’émergence soit d’un Etat nomade soit à un nomadisme ethnonationaliste (identique aux
politiques patriotiques de l’Etat). L’un des exemples les plus significatifs de telles
anomalies déclenchées par la surexposition des machines de guerre nomades à l’Etat est
celui de l’histoire de la Perse.
(b) Chevauchement :
Si, dans une approche simplifiée, P représente la partie et O le chevauchement :
Oτ(x, y) =
df ∃z(P(z, x) ∧ P(z, y))
Et :
Oxy = : ∃z(Pzx & Pzy) (x et y se chevauchent)
Alors les axiomes suivants s’appliquent :
AP1 : P(x, y) ↔ ∀z(O(z, x) → O(z, y))
AP2 : ∃x(φ(x)) → ∃x∀y(O(x, y) ↔ ∃z(φ(z) ∧ O(z, y)))
Toute participation (qu’elle soit methexis en tant que participation fondée sur la survie, ou
simple participation) se produit selon des connexions de chevauchement. Par
conséquent, la majorité des connexions combinées (tangence, partie, intérieur, etc.)
s’effectuent selon différentes possibilités révélées par le chevauchement entre entités. Le
chevauchement trace des lignes de coïncidence entre deux événements, ou deux entités,
en spécifiant une localisation, une adresse, partagées partiellement ou complètement par
deux entités dans une région spatio-temporelle ou fonctionnelle. Et les appropriations de
l’Etat et les insurrections contre lui se manifestent par ce mode de connexion. Pendant
qu’il est exploitable par l’Etat et par l’affordance, ce « chevauchement » peut être aussi la
source principale d’insurrection. C’est le domaine de connexion par lequel les machines
de guerre quittent son extériorité d’érosion de frontière et arrivent directement sur la
grille de l’Etat, à la fois pour être spécialisée par l’appareil étatique et transformé en
formations militaires, ou par être réinventées comme entités contagieuses, endo-
symbiotiques et parasitiques, qui coïncident avec l’Etat et ses machineries, et donc qui
découvrent un large éventail de fonctions clandestine et de manipulation.
Fig.4 : Chevauchement partiel et ses relations intervallaires dans le camouflage
(1) entre deux entités (2) entre deux entités et une entité tierce
Sur un plan plus technique, c’est par leur utilisation du « chevauchement » (ou, plus
précisément, de la coïncidence, puisque la question du chevauchement entre entités dont
il est question ici est celle de niches en chevauchement que ces entités occupent [15]) que
les opérations de camouflage trouvent leur cohérence essentielle. De plus, celles-ci
transforme le chevauchement en un positionnement politiquement opérationnel qui viole
la symétrie d’un niche pour une entité et ses diviseurs (événements, entités, etc.) par
l’inscription d’adresse (programmes), lesquels sépare et discrimine les adresses ou les
niches de deux entités en termes de coordonnées spatio-temporelles. Cependant, cette
violation (qui nécessite une activation du camouflage) ne peut être persistante parce que
les camouflages de prédation/militaires emploient toujours le chevauchement partiel,
dont une partie est constamment accessible en tant que « non camouflée » (appartenant à
la fois à l’entité camouflée x ou à l’entité qu’elle devrait chevaucher, i.e. y [16]. [Voir fig.
4]. Ceci ne rend pas seulement possibles le traçage et la manipulation de l’entité
camouflée à un niveau tactique, mais aussi offre à l’entité camouflée une voie d’évasion
ou un espace pour l’évacuation immédiate et le retrait de sa position de camouflage.
(Une voie d’évasion peut aussi être déverrouillée lorsque une entité z – un tiers – se
connecte à la fois à x et à y avec des positions de chevauchement différente pour chacune
(voir fig. 4) : ici, l’évasion se déroule grâce à un autre camouflage, qui n’est constitué par
la participation ni de x ni de y. Cette partie « non camouflée » ou « non chevauchée »
empêche que le camouflage soit durable et reste non détecté, mais le rend aussi
contrôlable ; l’entité camouflée peut quitter le camouflage à tout instant.
Tous les types de camouflage tracent une fonction perturbatrice, fonction qui a pour
origine la partie chevauchée (qui a principalement lieu à un niveau fragmenté), et qui
conduit l’adresse ou la niche d’une autre entité (par exemple, la proie) vers l’entité
camouflée (chasseur) ; par conséquent, elle perturbe les corrélations méréologiques
(partie-tout) en jeu dans ce qui devrait être camouflé, et qui devrait rendre l’entité
temporairement et partiellement non repérable. De telles perturbations (qui ciblent
généralement un point ou une liaison de référence par lequel une entité est détectée)
peuvent produire des problèmes cognitifs aussi bien que la subversion de certains liens
spécifiques à l’environnement qui traversent à la fois l’entité camouflée et son objet (la
proie). Le camouflage en mouvement utilise un type particulier de dynamisme tactique
(dans les cas où la proie est aussi en mouvement, le mouvement du prédateur camouflé
s’engage dans une poursuite chaotique ; le mouvement peut être modélisé par la
projection des courbes de la poursuite sur un attracteur de Rössler) ou de chevauchement
dynamique pour perturber sa distance et ses déplacements par rapport à la proie, et ce, en
suivant un chemin qui le connecte à un point fixe (utilisé par la proie comme point de
référence – un vecteur-unité constant) pendant que le mouvement de la cible rencontre
celui de l’agresseur. Ainsi, dans le camouflage en mouvement, le chasseur reste-t-il
stationnaire du point de vue de la cible. Dans les camouflages militaires les plus courants
– couverture et déguisement d’objets (soldats, véhicules, artillerie, base de lancement, etc.)
– utilisant des matériaux qui brouillent l’apparence des structures, la perturbation
s’effectue grâce à des modifications superficielles d’un objet camouflé sur lequel l’organe
de la vision se concentre comme sur une liaison de référence entre différents type de
structures de surface au sein de l’espace qui l’entoure. L’invisibilité, elle aussi, utilise et
modifie le chevauchement partiel en tant qu’occlusion par des surfaces assombrissantes,
en intériorisant, en positionnant l’entité camouflée à l’intersection des frontières.
L’inconvénient premier de la machine de guerre invisible est le risque d’être repéré par les
régimes sémiotiques de l’Etat qui sont plus obsédés par ce qui manque que par ce qui
existe.
C : Coïncidence
O : Chevauchement
P : Partie
Cov : couverture
CCoin : Coïncidence complète
Ce qui résulte du chevauchement partiel, c’est que toutes les perturbations et les
subversions des liens méréologiques sont finalement découvertes ; et chaque fois qu’un
camouflage est repéré, il perd progressivement son efficacité ; chaque entité qui se sert
d’un tel camouflage sera plus facilement détectée et ses contre-mesures moins efficaces ; il
s’agit d’un symptôme des connexions holistiques entre le chevauchement partiel et la «
localisation » qui n’a pas encore été neutralisée et spatialement effacé. C’est pourquoi le
camouflage est rarement implémenté comme action première ou tactique offensive mais
surtout comme un processus logistique ou un espace de transition déstructuré entre
différentes lignes tactiques et opérationnelles. Les caractéristiques fugaces et les
restrictions opérationnelles drastiques empêchent la transformation radicale du
camouflage en armement.
Un Takfiri guidé par la Taqiyya (hypercamouflage islamique) n’occupe pas une niche pour
remplacer une autre entité, ou pour s’installer comme agent caché. Il pousse la connexion
à son environnement jusqu’au chevauchement partiel, à un champ unifié de connexion et
de correspondance, à une totale coïncidence avec sa cible, i.e. à un chevauchement
complet de sa niche avec celle de sa cible. Il se superpose entièrement à sa proie et à sa
niche, et reste silencieux.
Coin(x,y) ↔ ∃z (Cov(z,x) & Cov(z,y))
(x et y coïncident si et seulement si il existe un z qui est recouvert à la fois par x et y ; z
représentant ici une niche. Alors que Cov est une relation transitive et réflexive, Coin est
symétrique et réflexive. La relation de coïncidence est bien entendu plus large que celle de
chevauchement, puisqu’il y a des paires d’objets en non coïncidence, ou même des
processus, qui n’ont pas de parties en commun. La même question se pose pour un Takfiri
guidé par la Taqiyya et un civil.)
Pour un Takfiri guidé par la Taqiyya, l’occupation n’est ni un but militaire ni une tactique ;
en effet, l’occupation est la localisation exclusive attachée aux cartographies de colocalisation et aux connexions parties-tout – c’est-à-dire, le despotisme du Tout – et
l’occupant est vulnérable aux forces environnementales ; il peut être facilement distingué,
localisé, isolé et finalement exterminé, i.e. défait à un coût minimal pour son
environnement et ses dépendances. Là où l’occupation est liée au militantisme visible et à
l’escalade des modes de guerre et d’exclusion, la Taqiyya armée est malignement diffusive.
En méréologique (le discours des modes de connexion parties-tout) on appellerait
chevauchement total le positionnement de la Taqiyya : le Takfiri constitue un ‘survivalisme’
sinistre dont la fonction de base et de procéder à l’extinction de la survie elle-même. Dans
le chevauchement total (voir Fig. 6), chaque région, fonction ou partie de l’entité
hypercamouflée ou prédateur – le « Takfiri guidé par la Taqiyya » (X) – peut correspondre
à la région, fonction ou partie de la proie, de l’hôte ou du civil (Y). Si donc chaque x
(partie ou fonction de X) devient l’homologue du y correspondant (partie ou fonction de
Y), ou plus précisément, si chaque x correspond à son y « à tous niveaux » alors chaque
fonction de X (le mouvement tactique du Takfiri guidé par la Taqiyya, ou prédateur
hypercamouflé) peut être transférée à Y ; X et Y se font advenir mutuellement.
x= y ↔ ∀z(Oxz ↔ Oyz) (Chacun des deux membres du domaine qui chevauche les
mêmes entités sont identiques.)
Fig. 6 Chevauchement total et accomplissement symétrique (Symétrie : Soit S le symbole
de la symétrie où n est un entier, d est le descripteur de classe et compd est le complément
de d : S = {n(d ∧ compd})
Mais la dimension la plus horrifique de cette configuration se révèle lorsque le processus
se renverse. Si chaque x fait advenir son y correspondant, alors, par le biais de l’espace d’«
exacte connexion-correspondance » que le chevauchement total et la coïncidence complète
(CCoin (xi, yi=
) : x= y ) [17] permettent, chaque y (i.e. chaque fonction ou positionnement
de la proie Y, qui comprendrait pour leur plus grande par les fonctions de survie
normales et les activités individuelles ou sociales ordinaires) peut être transféré à son x
correspondant et finalement le fait advenir également. Par la saisie d’un y quelconque, un
x correspondant est déclenché et mis en circulation secrètement ; et puisqu’il s’agit de
chevauchement total, la survie et l’aptitude à communiquer en tant que telles de Y
déploie, active et fait advenir le corps menaçant de X, le Takfiri guidé par la Taqiyya. D’une
part, la survie de la proie (de l’hôte, du civil) est en accord total avec l’enthousiasme
sinistre du terroriste, et d’autre part, la paix est généralement conçue comme un état de
survie collective. Par conséquent, la survie et du terroriste et du civil n’apportent rien
d’autre que l’endo-militarisation (interminable ?) de la paix, une menace globale des
civils, la montée de la Guerre Blanche et, alimenté par la soif infinie du Jihadisme
hérétique, que le péril de la contagion de la guerre puisse s’étendre sans limite, jusqu’à
envahir l’horizon même de la vie et de la survie en général.
Maintenant que la survie de Y, ou hôte/civil (avec ses moyens de communication et
modes de connexion par et avec son environnement), fait advenir le corps politique et
militaire du « Takfiri guidé par la Taqiyya », la simple existence du civil devient une arme à
la fois contre lui-même et contre l’immunité entière du système dont il fait partie et qui le
protège, et ce, à un tel degré qu’une surréaction autophagique apparaît au système
comme la seule solution logique. C’est l’acmè militaire de la Taqiyya que de déduire la folie
irrévocable des prémisses que constitue la logique essentielle requise par la simple survie.
Conclusion exégétique
« Les tendances explorées ici seront évidemment décidées sur "le champ de bataille" – ce
qui, de plus en plus, signifie partout. Le caractère central de l’hypercamouflage pour la
stratégie jihadiste a déjà d’immenses conséquences, car elle induit une vague de 'rétromilitarisation' dans laquelle les machines de guerre de l'Etat sont conduites à une invasion
croissante de la vie civile, processus évidemment sans limite (qui s'étend à tout le corps
social).
D’une part, l’auto-désassemblage de sa propre machine de guerre par Saddam Hussein,
compte tenu d’une insurrection latente, est un exemple de cette tendance, tandis que de
l’autre, le renforcement des formations logistiques US grâce au blindage des véhicules et
de l’entraînement au combat pour tous les types de personnel en constitue le complément.
Les préoccupations relatives aux Droits de l’Homme à propos des morts de civils peuvent
être étendues avec pertinence du niveau empirique au transcendantal, où le principe
d’éradication de toutes les populations civiles entre en scène. Le concept même de "civil"
devient nettement daté. (L’analyse de Virilio – bien qu’il trahisse une perspective quelque
peu antique par l’emploi de termes tels que "endocolonisation" – paraît avoir anticipé
cette tendance).
Les Etats-Unis sont particulièrement intéressants parce qu’ils restent une société
"périphérique" (et même du "tiers-monde") par certains côtés, marquée par un faible
indice domestique de monopolisation étatique de la violence, qui permet donc une rétromilitarisation, c’est-à-dire une connexion entre le pôle de l’Etat et un paramilitarisme
endogène déjà enraciné parmi les populations "civiles" (vigilance armée et milices). Tant
que les milices sont impliquées, le monde n’a encore rien vu. » [18]
[1] Jama’at-e Takfir (La Société de l’Excommunication) influencée par la Confrérie
musulmane Qutb a émergé en Egypte comme groupe fondamentaliste dans les années
1960 avec l’islamisme radical et militant (le précédent étant similaire au Salafisme
extrémiste) impliqué dans des réseaux d’opérations furtives et décentralisées. Ce groupe
est partisan de tous types d’actions militaires (batailles rangées ou non) contre les Juifs,
les Chrétiens, les Musulmans apostats ou modérés, qui permettraient d’en revenir à
l’unité originelle de l’ordre du monde islamique.
[2] Cf. Barry Smith « Mereotopology : a theory of parts and boundaries » in Data &
Knowledge Engineering, Volume 20, Issue 3 (November 1996), Elsevier Science Publishers,
pp. 287-303.
[3] « Que les croyants ne prennent pas, pour alliés, des infidèles, au lieu de croyants.
Quiconque le fait contredit la religion d'Allah, à moins que vous ne cherchiez à vous
protéger d'eux. Allah vous met en garde à l'égard de Lui-même. Allah est la destinée
ultime. » (Coran, 3, 28)
[4] Sayyid Qutb (1906-1966) : un des principaux théoriciens du Renouveau de l’Islam et
une inspiration pour des extrémistes ultérieurs comme Faraj ; son Ma’alim fi-l-Tariq
(Repères sur le chemin) est peut-être le premier ouvrage théorique de l’Islam extrémiste
moderne et mêle des exhortations pragmatiques à des doctrines politico-religieuses
autocentrées. Sur Qutb, voir l’analyse de Paul Berman sur le terrorisme inspiré par le
militarisme caliph et le Renouveau de l’Islam hérétique : BERMAN, P. (2004) Terror and
liberalism, WW Norton & Company.
[5] La civilisation islamique peut prendre diverses formes quant à sa structure matérielle
et organisationnelle, mais les principes et les valeurs sur lesquelles elle se fonde sont
éternels et immuables. Il s’agit de : le culte de Dieu seul, la fondation des relations
humaines sur la croyance en l’Unicité de Dieu, la supériorité de l’humanité de l’homme
sur les choses matérielles, le développement des valeurs humaines et le contrôle des
désirs animaux, le respect de la famille, l’assomption du co-règne de Dieu sur Terre selon Sa
tutelle et Son instruction et dans toutes les affaires de ce co-règne la règle de la loi de Dieu
(Chari’a) et le mode de vie prescrit par Lui… (Sayyid Qutb, Ma’alim fi-l-Tariq ; voir QUTB
(1991) Milestones, American Trust Publications, p. 286)
[6] Les questions d’escalade et de diffusion du conflit dans l’espace et le temps sont d’une
grande importance à la fois pour les campagnes militaires occidentales et pour les actions
terroristes des jihadistes. Tandis que le Jihadisme utilise la diffusion pour ses conflits hors
champ de bataille (à travers la contamination pétro-politique des systèmes politico-
économiques mondiaux, son utilisation sans tabou de la Taqiyya armée, sa préférence
donnée à la stratégie plutôt qu’à la tactique ainsi qu’à la communication de type
contagieux plutôt qu’à la transgression), le techno-capitalisme occidental maintient une
position d’escalade sur le champ de bataille, position connectée au corps propulsif du
techno-capitalisme, sa précision tactique et sa suprématie. Cependant, tous deux
partagent une tendance commune au conflit, transformant les agents humains en champs
de bataille moléculaires et machines de guerre. Pour le Jihadisme, cette molécularisation
des guerriers prend une forme dispersive et épidémique, notamment avec la Taqiyya
(para)offensive. Pour le camp occidental, elle se manifeste par une renomadisation (au
sens deleuzo-guattarien de machines de guerre nomades) de l’armée d’Etat ainsi que par
la miniaturisation de l’armée entière et de ses divers matériels sur le corps de chaque
soldat.
[7] Une maladie des plantes qui se caractérise par la mort graduelle des jeunes pousses et
qui progresse vers les plus grandes branches.
[8] OTIS, L. (1999) Membranes : Metaphors of invasion in Nineteenth-Century Literature,
Science and Politics, The Johns Hopkins University Press, pp. 34-35.
[9] En fait, certains systèmes contrôlés se concentrent essentiellement sur des niches aux
contours vagues afin de filtrer et guider ses occupants (locataires). Les systèmes de
contrôle du trafic aérien analyse constamment le volume de l’espace aérien protégé ou
limité – définissant un volume entourant un objet volant – afin d’éviter les collisions, etc.
Le volume de l’espace aérien protégé est l’équivalent de la niche pour la gestion du trafic,
une simulation de la niche en jeu pour les avions ou les oiseaux migrateurs.
[10] Cette unicité est caractérisée par les qualités et les propriétés définitionnelles que le
lieu attribue à une entité dans l’espace-temps, mais avoir lieu ne signifie pas en être le
propriétaire exclusif.
[11] NdT : Le concept d’affordance a été inventé par le psychologue de la perception
Gibson pour désigner les propriétés actionnables entre le monde et un individu
(personne ou animal). Pour Gibson, les affordances sont des relations. Elles existent
naturellement et n’ont par conséquent pas à être visibles, connues, ou souhaitées. Voir
note 5.
[12] L’affordance est un réseau économique (au sens où il est connectif et réciproque) par
lequel l’ouverture peut être exploitée comme un fond pour la survie, l’adaptation,
l’habitation et la régulation de la communication. Le terme d’affordance tel qu’utilisé ici
diverge par certains aspects du terme original inventé par James Jerome Gibson (fondé
sur les travaux d’Ingarden, Brentano, et d’autres) dans ses études éco-cognitive. Les
régulations par lesquelles une entité peut maintenir sa position dynamique (en un tout,
c’est-à-dire un lieu méréologique) et survivre dans son horizon environnant proviennent
d’un réseau fondé sur l’économie et profondément ancré sur les interactions, les
connexions et les participations régulatrices, toutes tissées sur l’accessibilité (affordability)
mutuelle entre les entité et leur environnement. L’affordance n’appartient pas
exclusivement à un pôle de la communication économique mais se distribue entre deux
entités méréologiques au moins. A travers l’affordance, l’ouverture ne peut pas échapper
aux régulations économiques et de survie. Le modèle le plus éclairant (cependant
simplifié) de l’affordance est la Tetrasomia d’Aristote (rotations des éléments).
Le mouvement de rotation entre les éléments anime une dynamique de purification du
tout. Chaque phase de la rotation se fonde sur des mesures dynamiques et l’affordance
entre les éléments. Les éléments sont ouverts à chacun d’eux à la fois diamétriquement et
diagonalement, mais ne peuvent jamais se chevaucher entièrement ou communiquer
radicalement l’un avec l’autre ; ils nécessitent un moyen terme pour former des nexus
rotatifs et maintenir leur intégrité. Ces moyens termes ne sont valides que pour un
emplacement particulier du panorama rotatif intégral ; bien qu’ils donnent au système
un polemikos propulsif ou une dynamique cyclique, ils fonctionnent localement (en tant
que résultat de l’accessibilité mutuelle des éléments et, en même temps, à tout le système
de la Tetrasomia). Par exemple, la Terre et l’Eau nécessitent le Menstruum (boue vivante)
pour communiquer. Cette boue vivante est une entité communicationnelle, mais aussi
une frontière dynamique qui transforme et approprie la Terre et l’Eau avant de les ouvrir
à chacun d’eux ; cela ne peut fonctionner que localement entre la Terre et l’Eau et pas à
un autre emplacement de la Tetrasomia. Le tout utilise ces communications économiques
pour se consolider lui-même et permettre la Vie (pour survivre). « Je pense que les
affordances ne sont pas seulement des qualités phénoménales de l’expérience subjective
(qualités tertiaires, propriétés dynamiques et physiognomoniques, etc.) Je pense
également qu’elles ne sont pas seulement des qualités physiques des choses telles
qu’elles sont conçues par la science physique actuelle. En fait, elles sont écologiques, au
sens où elles sont des propriétés de l’environnement relatives à un animal. Ces
considérations sont neuves, et ont besoin d’être discutées. » (J.J. Gibson)
[13] Sur le climat et la nomadologie : Selon la soi-disant Révolution de l’agriculture et de
l’hydraulique en Iran (semblable à celle que Wittfogel associait à l’Empire Chinois, tout
comme celle mise en avant par les théories plus récentes de Homer-Dixon sur
l’Hydropolitique), pendant le règne du Shah Mohammad Reza Pahlavi, un plan
hydraulique – hautement recommandé par les consultants américains – a été développé
et proposé comme catalyseur du développement économique en Iran ; l’un des
nombreux objectifs de ce plan était de résoudre le problème du nomadisme en Iran.
Excepté la restructuration hydraulique de la géographie variée de l’Iran (une géographie
dotée d’un potentiel naturel pour la construction et la diversification des lignes de
mouvement nomade), l’un des stratagèmes de ce projet de réforme hydropolitique fut de
créer un système de contrôle et de domestication des nomades iraniens qui jouaient un
rôle-clé dans la résistance au centre, ou qui induisaient une désintégration géopolitique
du territoire de l’Etat grâce à leurs mouvements ethnonationalistes. Le plan ne fut ni une
méthode destinée à aspirer les nomades de l’est et du centre vers le centre de
gouvernement ni un projet pour les adapter de force à une sphère sédentaire par le biais
de la monopolisation des réseaux hydrographiques et des pressions militaires directes. Il
leur suggérait plutôt un accompagnement, un enclenchement de leurs dynamiques dans
les lignes tactiques fluxionnelles de l’Etat, dans sa frontière en mouvement et ses forces
territoriales. L’objectif du projet était de construire un climat doux ou une zone de
conductivité hydraulique (correspondant à l’hydropolitique de l’Etat) qui adapterait de
manière autonome les nomades en les faisant se mouvoir à travers lui et donc faciliterait
la totalité du processus de contrôle, de domestication et de suivi des nomades. Ce climat
étant finalement transformé en un réseau extrêmement puissant d’immobilisation des
nomades, il emploierait sa tête hydraulique pour configurer les mouvements des
nomades selon la géopolitique de l’Etat, la convergence économique et la puissance
militaire (un espace accessible aux entités militaires étatiques, spécialement pendant les
insurrections). L’Etat cherchait à élever ses propres lignes nomadologiques
territorialisantes (plus que territorialisées). Ce climat devait en fait consister en « rivières
artificielles » qui étaient supposées se trouver dans tout le pays. La construction de ces
rivières devait être menée sur plusieurs années, dans un pays ayant toujours souffert
d’un manque d’eau dans ses régions centrales et orientales. De telles zones fluides, riches
et puissantes ou de telles lignes hydrauliques (que sont par exemple les rivières et ceux
qui en dépendent) éparpillées à travers le pays auraient graduellement attirées (selon le
modèle de la gravité) les nomades, en leur offrant un climat certes préférable, mais qui
cartographierait précisément leur migration. Un climat donc, qui aurait en fait été
assimilable à une machine de contrôle autarcique ; il aurait rendu ses habitants
prévisibles et aurait déployé une sphère fluide de domestication pour les nomades
iraniens.
[14] Une tête de pont pour le mouvement ultérieur de l’Etat vers sa reconstitution
micropolitique.
[15] Deux entités seront dites en chevauchement lorsqu’elles ont des parties en commun ;
deux entités coïncide lorsqu’elles occupent des régions de l’espace qui se chevauchent.
[16] Un exemple de partie non camouflée (non chevauchée) appartient seulement à x ou à
y. Lorsque la partie « non camouflée » appartient simplement à y :
x chevauche y de manière interne, quand :
IOτ(x, y) =
df ∃z(IPτ (z, x) ∧ IPτ (z, y))
x est une partie interne de x, et quand :
=
IPτ(x, y) df Pτ (x,y) ∧ ¬TPτ (x,y) et
TP
=
τ(x, y) df Pτ (x,y) ∧ ∃z(A τ (z,x) ∧ A τ (z, y)) , x est une partie tangentielle de y.
[17] La coïncidence complète peut être exprimée en terme de couverture (Cov) :
CCoin(x, y) ↔ Cov(x, y) & Cov(y, x) (x et y coïncident complètement si et seulement si
y recouvre x et x recouvre y).
[18] Nick Land est l’auteur de la conclusion exégétique de cet essai.