Negarestani-2006-militarization of peace-FR

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LA MILITARISATION DE LA PAIX. ABSENCE DE TERREUR OU TERREUR DE L'ABSENCE ? Par Reza Negarestani (Traduit par Thomas Duzer) Introduction Cet article traite de la montée d’une nouvelle vague de terrorisme qui exploite sa propre dissolution et utilise comme arme la doctrine de Taqiyya ou (dis)simulation stratégique en démantelant l’aspect théâtral du champ de bataille et en choisissant les civils comme cible privilégiée et « champ de bataille moléculaire ». Cette tendance est une menace non seulement pour la survie globale des civils mais aussi pour l’horizon même de la survie ou de l’existence en général. Elle fait de la survie elle-même un champ d’action pour le terrorisme extrémiste. Quand la militarisation cesse et d’être un processus exclusivement lié au temps de guerre et de n’appartenir qu’aux seuls champs de bataille, alors, même la paix – le vide temporaire, le spatium entre les machines de guerre et la survie collective – peut être militarisé. Ceci ne veut pas dire que l’on utilise la paix en tant que suspension temporaire qui peut être exploitée, ou bien que l’on en profite comme d’un temps de répit nécessaire à la militarisation en vue de guerres futures (qui concentre le plus des forces lorsque tous les autres se reposent ?) D’une manière plus significative, cela signifie plutôt l’endomilitarisation de la paix elle-même ; la paix est directement utilisée comme une arme, exploitée comme un nouveau plan d’invasion, d’insurrection, et pour des frappes offensives contre les bases ennemies et/ou leurs réseaux de soutien.
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De nouveaux modes de terrorisme menacent la survie au sens large en créant un état de terreur généralisé dans lequel la mort se solidarise de tout instant vécu, et, conséquemment, le contrôle. Une telle nécrocratie, c’est le but poursuivi par des agences islamistes hérétiques et terroristes telles que Jama’at-e Takfir et ses agents, les Takfiri [1] – un mouvement djihadiste militant croyant en la nécessité de l’excommunication absolue des infidèles (le premier sens de ‘Takfir’ est « excommunication »). Ces agences ont inspiré une nouvelle vague d’extrémistes religieux militants ainsi que d’autres groupes terroristes obscurs qui exploitent l’endo-militarisation de la paix comme un nouveau moyen de combat. Il a pour particularité que les lignes tactiques n’y sont pas alignées sur (ou ne sont pas configurées par) le plan du conflit et les opérations militaires visibles (champs de bataille, terrains de guérilla, combats de rue, etc.). Ses lignes tactiques ne sont pas localisées et ce, contrairement à ce qui est la condition sine qua non des conflits directs et des déploiements militaires. Elles ne sont pas positionnées pour couper, bloquer ni se remplacer les unes les autres selon leurs différentes tendances, trans-orientations et alignements. Ses opérations ont une relation oblique intégrale à l’incompatibilité dynamique qui fournit la base et la matrice d’un engagement conflictuel militarisé. Un Takfiri s’engage comme un terroriste de l’ombre dans la Guerre Blanche. On peut parler d’endo-militarisation de la paix, d’un état d’hypercamouflage (mieux défini comme chevauchement complet et donc symétrique entre deux entités sur un plan méréotopologique [2] ). Jamais, dans cette guerre, la couverture du camouflage ne peut être pénétrée ou perturbée, et l’emploi défensif du camouflage (mieux défini comme chevauchement partiel entre deux entités ou plus sur un plan logique) est remplacé par un déploiement hautement offensif, l’espace de l’hypercamouflage. Le mode de combat choisi par les Takfiri revient à programmer un nouveau type de ligne tactique qui se mélange totalement avec celles de l’ennemi en formant une configuration telle que s’amorce une instabilité radicale et, finalement, se produisent des fissions violentes provenant du sein même du système. Tout arrive de telle sorte que, non seulement le
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rétablissement est impossible, mais, bien plus, que toute initiative correctrice ou réparatrice se transforme inéluctablement en subversion militaire. Ceci est comparable à une chimiothérapie qui tourne mal, ou à une cicatrisation excessive dans laquelle la guérison et le processus d’épithélialisation, en l’absence de blessure, corrodent l’organe par le biais d’une fibroprolifération (un processus de cicatrisation qui transforme une blessure locale en une métastase cicatricielle) finissant par provoquer une lyse et une décomposition. En tentant de se défendre, l’ennemi ne peut que se nécroser et se dissoudre. LA TERREUR PROFONDE : le déclin de l'ennemi et la montée des alliés obscurs Le manifeste d'Abdu-Salam Faraj, Jihad : l’Obligation Absente – dans lequel la pragmatique politique malveillante et la perversion tactique sont posées soigneusement dans un contexte de justification évangélique et d’apologétique théo-tyrannique – est une étude de ce mode de combat : la Guerre Blanche ou la militarisation de la paix, dont le moteur principal est un hypercamouflage agressif. Le but de l’hypercamouflage est de poursuivre - de la manière la plus discrète qui soit combat et survie aux côtés de l’ennemi. Ami en surface, il est pourtant invariablement ennemi parmi ses ennemis ; on assiste à l’apparition d’un nouveau type d’adversaire. Dans son livre, Faraj, le terroriste et adepte Takfiri, façonne une forme de Jihad fétichisé qui suggère que la pointe incandescente du Jihad doit être introduite en chacun, dans n’importe quelle entité, où qu’elle soit localisée géographiquement, quelle que soit son ethnie, qu’elle ait ou non un rapport au Jihad, qu’elle soit islamique ou infidèle. Bref, le Jihad en tant que mouvement universel. Le titre original de ce livre dont la traduction a été simplifiée en Jihad : l’Obligation Absente est Jahad : Fariezato Ghaebata (ou Jihad : Fariezeh Ghaeb). Fariezeh signifie « devoir sacré », mais pas un devoir subjectivement autoritaire tel
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qu’exigé par la Huda (la tutelle d’Allah), la « totale soumission » (Islam) à Allah. Ghaeb veut dire « absente », mais, dans les textes islamiques et spécialement dans les livres chiites, ce mot possède une immense potentialité herméneutique que le terme « absence » ne peut pas prétendre traduire ; en fait, plus qu’une simple absence, Ghaeb indique une potentialité latente, telle que, par exemple, la latence ou période d’inactivité d’un virus. Cette latence doit être distinguée de celle qui est visible et actualisée, et qui est responsable de l’altération et du changement : Imam Mahdi (le 12ème Imam et l’annonciateur de la Qiyamah, l’apocalypse islamique) est absent (Ghaeb) mais affecte l’Islam et ses fidèles plus que quoi ou qui que ce soit de réellement présent. Le Mahdi représente une potentialité qui ne cesse d’avoir des effets. Cependant, dans le livre de Faraj, cette définition, qui est un socle théologique et eschatologique fondamental pour son argumentation, est éclipsée par un message à la fois plus accessible et divergent du sens originel : le Jihad devient une responsabilité sacrée bien qu’elle ne soit pas présente. Le livre de Faraj ajoute une nouvelle torsion à la tactique des extrémistes religieux hérétiques tels les adeptes Takfiri : la déformation et l’altération de la fonction originaire pieuse et défensive de la « Taqiyya » (Taghieh) à l’aube de l’Islam. Plus qu’une (dis)simulation stratégique – comme le déguisement justifié des vraies croyances dans les situations où les blessures ou la mort seraient inévitables si les vraies croyances étaient proclamées [3] (le sens le plus large de Taqiyya est « éviter tout type de danger ») – son sens est réinterprété et dévié vers une infiltration militaire fluide et silencieuse, une série d’actions qui forme l’un des composants élémentaires du Jihadisme fétichisé. La manière dont Faraj considère la Taqiyya est tout à fait différente de cette tendance protectrice ou défensive – tactique d’évasion – qu’elle était au tout début de l’Islam. Dans l’Obligation Absente, la Taqiyya est remodelée comme un type de simulation ou de dissimulation stratégique, au nom d’une politique hostile. Néanmoins, que ce soit dans sa forme traditionnelle ou dans sa nouvelle version armée, la Taqiyya est fortement reliée
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à la notion de survie. Au sens traditionnel, il en est ainsi simplement parce qu’en suivant la Taqiyya, le croyant survit dans des circonstances difficiles. Mais dans la Taqiyya militarisée, la survie s’apparente à une sorte d’endurance hautement parasitique qui est une menace pour la catalyse de tous ceux pour qui la survie est affaire plus facile. Celle-ci devient aussi risquée et contagieuse qu’une maladie mortelle. Faraj insiste sur l’impossibilité de séparer Jihad de Taqiyya. Tandis que les croisades transgressent les frontières pour reconquérir les terres saintes, dans la tradition islamique le Jihad ne peut pas en soi être transgressif ; il doit seulement défendre les terres saintes et les possessions islamiques (lesquelles ne sont pas nécessairement associées à des instances géopolitiques). Mais comme des figures du Renouveau de l’Islam telles que Sayyid Qutb [4] et Shukri Ahmad Mustafa ont détourné tout le paysage de la pensée islamique, la défense hérétique des « possessions » de l‘Islam est devenue une « défense » universelle englobant des vagues massives d’assauts épars et une subversion militaire ayant tendance à exclure tous les êtres à l’exception de la terre monopolisée par le divin (le désert). « La terre elle-même va vers Allah en se soumettant à la Volonté ‘’extérieure’’ d’Allah ; ou, autrement dit, la Terre n’est-elle pas une partie et une propriété de l’Islam (soumission totale à Allah) qui doit être défendue ? » : Qutb retourne le problème puisque toute pensée théologique se fait ravager par la dictature monopolistique et la monomanie. La Terre elle-même devient un élément de la politique défensive du Jihad [5]. Ahmad Mustafa, qui est un des théoriciens du culte Takfiri originel, suggère également que « Nous sommes en train de retourner à l’Islam », et que ce Grand Retour demande une soumission au Désert du Divin : il ne s’agit pas d’une réponse réactionnaire faite aux infidèles, insiste-t-il, mais seulement de la voie vers l’Islam qui est violemment condamnée par le reste du monde – un monde dont l’horizon tout entier, d’ailleurs, est déjà en fait un élément de l’Islam. Le discours de Mustafa part d’un monothéisme déviant et le mêle de manière hérétique aux fondations de l’Islam – créant un mouvement rétrograde vers un fantasme auto-déceptif et romantisé de l’Islam originel. A cette notion de Jihad qui tente de considérer la Terre comme une partie de l’Islam (la Terre comme partie de l’univers est sur le chemin de la soumission totale – Islam
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– à Allah) Faraj ajoute subtilement la politique de la Taqqiya. Ainsi que Faraj le confesse lui-même, cette (re)prise de la Terre n’est pas une tâche facile ; d’où la nécessité d’être armé de la Taqqiya et de son potentiel d’insinuation et de diffusion à l’intérieur des systèmes et des peuples des pays non islamiques. Selon Faraj, les nouveaux points de doctrine de la Taqiyya armée peuvent être énumérés comme suit : (i) La Taqiyya en tant que dissolution de soi-même et de l’autre. La Taqiyya devient une politique destinée à sortir la guerre du champ de bataille (il est dit dans son livre extrémiste Jihad que la guerre doit se dérouler partout, excepté sur le champ de bataille ; cette guerre est externe au champ de bataille conventionnel. « La guerre n’est pas un théâtre, infidèles ! » crie Faraj). Ainsi s’agit-il d’introduire les entités jihadistes parmi les civils et toutes les autres entités politiques, économiques et culturelles, qui, à première vue, pourraient apparaître non pertinentes, en se mêlant à la foule, loin des lignes de front. « Vers l’omniprésence réelle de la guerre qui efface progressivement la platitude du champ de bataille », la doctrine de Terreur se transforme volontairement en un mouvement sinistre de totale auto-dissolution. L’usage de la Taqiyya comme politique (para)offensive n’est toutefois pas une invention de Faraj, du culte Takfiri, ni même des extrémistes Wahhabites. On pourrait retrouver sa trace jusqu’à chez Hassan iSabah, mais ce n’est pas son invention non plus (bien qu’il l’ait améliorée et militarisée de manière stricte). En fait, on peut faire crédit de la Taqiyya considérée comme une politique (para)offensive destinée à se mêler à la foule (par opposition à la Taqiyya en tant qu’outil de dissimulation pour éviter le danger, ainsi qu’on l’entendait aux débuts de l’Islam) à Abdullah ibn Maimun ou Maymun (et son culte Batiniyya, l’une des sociétés islamiques hérétiques et souterraines, ainsi que les mouvements subversifs qu’il a fondés et qui sont devenus plus tard les sectes Isma’ilie dirigées par Hassan i-Sabah). Maimun est cet occultiste persan, saboteur politique et conspirateur qui a sapé le règne des califes en Egypte (d’où le culte Takfiri est originaire, avec ses figures influentes telles que Qutb,
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Mustafa, etc.) et préparé la région pour ses ambigus et mystérieux alliés, Al Fatemids (Fatemion) qui devinrent plus tard les ennemis les plus enthousiastes des califes et de leurs modes conventionnels de militarisme. Faraj, qui suit de très près la politique d’Ibn Maymun, suggère que la Taqiyya ne devrait pas être simplement une tromperie, une tactique cachée ; elle devrait consister en la recherche du plus haut degré de mimétisme avec les infidèles et leur civils : « s’ils se droguent nous devons nous droguer aussi, s’ils se livrent à tous les types d’activités sexuelles, nous devons mener ces activités à l’excès », etc. L’extrémiste jihadiste doit se confondre avec les « infidèles les plus infâmes ». (ii) La Taqiyya en tant que militarisation (para)offensive des civils. En référence à la politique de Faraj, qui considère la Taqiyya comme un élément inséparable du Jihad, l’expert anti-terroriste français et président de l’observatoire international du terrorisme basé à Paris, Roland Jacquard, montre brillamment qu’un Takfiri guidé par la Taqiyya est lui-même une bombe prête à l’emploi, qu’il passe ou non à l’action (il a une mission). Lorsqu’un Takfiri se confond avec les civils ordinaires – ne dissimulant plus mais se comportant comme un vrai civil infidèle dans chacun des aspects de sa vie publique et privée – alors l’arme commence, de façon autonome, à être activée par l’autre camp ; le gouvernement (d’un pays étranger non islamique, par exemple) commence à filtrer, purger et pourchasser ses propres civils, en réduisant ses droits, en les confinant dans une quarantaine économique, sociale, et politique afin d’isoler ou même d’éradiquer la maladie et, en même temps, ses hôtes potentiels. Chaque individu est potentiellement une cellule ou une niche Takfiri, un site d’infestation, une cible militaire primaire. Ainsi, la phase la plus offensive et active de la vie d’un Takfiri n’est pas celle où il (ou elle) est engagé dans une mission à haut profil, comme celle du 11 septembre, mais plutôt lorsqu’il (ou elle) devient un simple civil, totalement désarmé et dissocié de toute ligne de commandement. Un Takfiri se confond avec chacun et, en conséquence, chacun se confond avec lui ; lorsque l’on en vient à chasser un Takfiri, on en vient inéluctablement à exterminer des entités non-militaires, bien loin des champs de
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bataille, au cœur de ses propres terres. (iii) La Taqiyya est un déclencheur de la Guerre Blanche. La Taqiyya déséquilibre l’intégralité de la dynamique conventionnelle entre machines de guerre, une dynamique qui les voit s’affronter, se pourchasser, et se consumer l’une l’autre. Ce processus de mise en déséquilibre ne sert pas à déplacer la bataille le long d’un axe ''victoire-défaite'' mais seulement à déséquilibrer les liens de communication entre deux modalités tactiques : des lignes militaires actives à un pôle et des lignes virales latentes non-tactiques à l’autre. Le Takfiri met en sommeil tout son potentiel militaire, "meurt" tactiquement (en n’étant même plus camouflé), et ressuscite plus tard en sa vraie forme. Les machines de guerre Takfiri du Jihad extrémiste opèrent sur des lignes tactiques transitoires et divergentes. En conséquence, on ne peut ni les rejoindre ni communiquer avec elles ; la communication étant la condition sine qua non pour l’affrontement entre des machines de guerre, celui des conflits militaires basés sur l’entropie, des mécanismes considérés par Deleuze et Guattari comme les processus qui créent, en tant que tels, la machinerie et l’espace de la guerre. (iv) La Taqiyya en tant qu’outil de désertification. En donnant au Jihad fétichisé une machinerie épidémique omniprésente, la Taqiyya permet à Faraj d’ouvrir une nouvelle ère dans l’imaginaire des mécanismes d’extinction, de sabotage et d’éradication relatifs aux aspects pyromanes de l’hérésie et de la théotyrannie dangereusement romantique. Faraj met en avant le fait que "leur" (il nomme rarement ses soi-disant ennemis : les USA) machine de guerre militaire repose surtout sur « le principe de mort massive » [6], ou bien, ainsi qu’ils le disent, "la mort venant d’en haut" (destruction massive, drones tueurs, avions high-tech, bombes intelligentes, "Choquer pour se faire respecter", "Mère de toutes les bombes", missiles invisibles venant de nulle part). C'est pourquoi Faraj présente une alternative Takfiri à cette machinerie et
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propose une nouvelle doctrine d’hypercamouflage qu’il appelle « mécanisme de dieback » [7], terme emprunté à la botanique et à l’agriculture. Ce qu’il définit comme "dieback" peut s’appliquer à une « civilisation aussi bien qu’à un arbre ou toute collectivité de type arborescent ». Afin de mener un arbre à sa destruction, un terroriste Takfiri n’interfère jamais avec les racines ni n’essaie de déraciner l’arbre entier, une action qui n’arracherait que les racines principales, laissant ainsi les radicelles et diverses autres parties des racines dans le sol, substrat qui pourrait donner naissance à d’autres arbres. Le terroriste ou extrémiste jihadiste lance une maladie dieback contre l’arbre ; pour être précis, il commence par détruire les feuilles les plus petites et vivaces qui poussent au sommet de l’arbre et de ses branchettes, puis continue son travail vers le reste des feuilles, sans endommager le tronc ni les racines. En détruisant les feuilles du sommet vers la base et en suivant les branchettes, l’arbre s’affaiblira peu à peu : coupé de tout contact et déprimé, il finira par être incapacité et commencera à (sur)réagir d’une manière autophagique et allergique à l’isolement artificiel provoqué par la maladie dieback. La Taqiyya fournit aux Takfiris l’opportunité idéale pour utiliser cette machinerie dieback ; en partant des feuilles (les civils ou ce qu’il nomme ‘’entités superflues ‘’) et des branchettes (petites organisations, etc.), pour finalement détruire tout l’arbre sans avoir jamais lancé aucune attaque directe contre ses principaux organes. Lorsqu’un arbre est infecté par une maladie de type dieback, seules les feuilles et les branches sont détruites ; toutefois, en l’absence de feuilles et de branchettes, l’arbre devient graduellement soumis (surexposé) aux facteurs environnementaux, tous ses systèmes se verrouillent dans des programmes dysfonctionnels qui affaiblissent le système immunitaire et consument l’arbre de l’intérieur. Les différentes étapes d’une une maladie dieback civilisationnelle seraient les suivantes : paranoïa, insuffisance des investissements, les civils comme cibles principales pour les deux camps, déréliction. C’est la conséquence d’une réaction de l’arbre infecté qui, plus qu’une tentative de retour à la santé, s’avère en fait une autodestruction. Dans ce système, cette autodestruction (ou auto-rétablissement dysfonctionnel) peut être définie comme une panne des mécanismes
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responsables de la reconnaissance immunitaire, et comme l’induction d’une réponse immunitaire contre les composantes du soi. Une telle catastrophe mène à la reprogrammation du système (immunitaire) dans l’optique d’une détérioration du soi. Un Takfiri guidé par la Taqiyya, alors, n’est rien de plus qu’un civil. En se détruisant luimême, il détruit aussi les entités civiles, et parvient donc à appliquer le mécanisme dieback au système.. La Taqiyya armée n’est pas directement connectée au mécanisme dieback ; mais c’est un modèle qui fait passer le Takfiri d’une Taqiyya comme simple camouflage, à une Taqqiyya plus puissante, véritable plan logistique vers lequel les tactiques et stratégies (para)offensives peuvent converger puis s’amplifier. Lorsqu’un Takfiri extrémiste utilise la Taqiyya, il implante ses mécanismes de sabotage parmi les civils dont il se sert comme backdoors. Un Takfiri guidé par la Taqiyya passe du rôle de figure opérationnelle clé dans sa propre armée à celui de civil ; à ce stade, la Taqiyya donne réellement accès, non pas à des cibles importantes, mais aux civils ordinaires (la tactique primaire d’un mécanisme dieback), et donne au Takfiri l’opportunité de confondre et d’opérer en réalité la distorsion de tous les diagrammes et cartes qui permettent de distinguer le civil du terroriste. A travers cette backdoor, un Takfiri peut à la fois infliger des dommages aux civils (ou aux entités superflues d’un arbre, ou considérée comme telle) d’une manière plus efficace et à une plus large échelle, et déjouer ses systèmes de protection en se les assimilant, et en étant assimilé par eux. Les doctrines originelles du culte Takfiri proviennent de l’enseignement de Qutb et de celui Shukri Ahmad Mustafa. Faraj, influencé par la doctrine du ‘’Takfir wal’’Hijra’ (excommunication et exode) –imitation du prophète qui quitte la Mecque et la Maison d’Allah pour vivre dans un désert purifié, purgé de toute manifestation d’idolâtrie – énonce une nouvelle vision du désert et de la désertification, vision étrangère à l’image conventionnelle du Désert qui est familière à la dynamique socio-politique, et en particulier à celle de l’Occident. A plusieurs niveaux différents, , ce désert englobe l’intégralité des tendances radicales de l’Islam, depuis l’incessante extériorité d’Allah à
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l’Homme, en passant par le désert considéré comme le simple plan fonctionnel de soumission à cette extériorité radicale (Allah qui ne sera jamais révélé), jusqu’aux composantes nomadiques originelles du Jihad. Un nomade du désert ne migre pas, car il est soumis de façon minimale à l’influence des facteurs climatiques ; il creuse ses propres tunnels, réalise ses propres niches à l’intérieur du désert, traverse les dimensions des espaces lisses et ouverts, et ce, en les exploitant et en les trahissant. Les scorpions creusent ; ils ne sont pas architectes, ils ne construisent pas des agrégats de solide et de vide. Ils ne bougent pas non plus perpétuellement ; ils dévorent et agrippent les espaces. Pour eux, l’espace ouvert n’est pas un simple lieu où habiter, un endroit où résider (une niche à occuper), il est, au-delà, le Lieu de la Guerre (dâr al-harb), l’espace ouvert d’une chasse non sélective. Mustafa introduit hystériquement cette machinerie et notion du désert dans tous les aspects de sa pensée, et ce, à un tel degré que son culte a été moqueusement appelé ‘’la société de la flagellation du désert’’. Il est plutôt ironique de révéler la profession réelle de Mustafa : il était un agronome très talentueux. Prenez une forêt russe au bord de la toundra, et dont les arbres ont été tués en étant frappés par un black-rot et un dieback hivernal. Au sens Takfiri, les arbres ravagés ne sont pas différents d’un désert sans arbre : le dieback purifie, désertifie l’organisme infidèle, et le conduit vers la désolation totale du Désert du Divin. Dans le sillage de la Taqiyya armée, ce n’est plus le Takfiri qui est le problème ; ce sont les civils autochtones du pays, plus que les immigrants, qui posent une menace sécuritaire ultime. Il n’y a pas d’acte de guerre plus radical que le combat dans des champs de bataille molécularisés, constitués d’entités sans importance, et dont la potentialité conflictuelle a déjà été neutralisée. Exploration logique de l’hypercamouflage versus conflit nomade
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« Dans le passé, on a pris une attitude plus défensive » écrit Koch qui se réfère à la théorie des miasmes. « Nous avons maintenant quittés ce point de vue défensif et sommes passés à la compréhension de l’offensive… Nous devons être préparés, d’abord, à détecter facilement et avec certitude le matériau infectieux, et ensuite, à le détruire. » (Koch, 1903, 8, 10). Pour Koch, mener l’offensive revient à rechercher activement les parasites non seulement chez ceux qui sont visiblement malades mais aussi chez ceux qui peuvent être « suspectés » de les abriter (die Verdächtigen) et ceux qui sont « apparemment en bonne santé » [8] Toute machine de guerre ou ligne tactique occupe une niche (que ce soit en temps de guerre ou de paix), un espace où elle peut se déplacer, se nourrir et fonctionner ; elle n’est pas seulement définie par les propriétés distinctives d’une ligne tactique ou d’une machine de guerre, mais aussi par ses ennemis, la dynamique incompatible des autres lignes tactiques, les différents types de prédateurs, l’exposition aux facteurs environnementaux, ses zones de contact par lesquelles il reçoit les données de l’environnement, les types de données reçues, et sa proximité à ce qu’il pourchasse ou explore (il existe une incompréhension répandue qui attribue une frontière solide ou friable aux niches ; mais les niches se forment partout où une entité ménage une partie de son environnement et y survit et fonctionne [9]). A un temps donné t, l’entité r occupe un lieu (ou un ensemble de lieux) unique [10] ; son mouvement peut être plus simplement exprimé en terme de niches que l’entité occupe à des intervalles de temps successifs. Ce lieu est encodé par la niche que la machine de guerre ou la ligne tactique occupe. Les fonctions d’une niche ne sont pas simplement disjonctives ou exclusives (par exemple, les mouvements sélectifs qui résultent de l’exclusion d’autres parties de l’environnement ou des lignes de mouvement) mais aussi connectives et conjonctives. En fait, les niches mobilisent leurs entités occupantes avec leurs types caractéristiques de dynamiques, en les associant avec d’autres niches fondées sur l’affordance [11]) nécessaire pour suivre une tendance ou un avion, ainsi que partager avec d’autres niches et ses habitants. La programmation d’une niche est la première opération fondamentale quant à l’ingénierie ou à la recomposition d’une entité. Par conséquent, la signification de l’exploration des niches ou des types de niches (plus que d’une niche particulière et de ses occupants)
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augmente progressivement avec le développement et l’émergence de nouvelles lignes dynamiques, de formations de pouvoir, d’espaces de circulation, et de plans de conjonctions communicatives. L’Etat et son réseau de domination identifient les mouvements d’une entité (r) dans une niche (qu’elle soit quantitative – mesurable – ou qualitative) par la série des lieux qu’il authentifie et enregistre alors qu’il voyage : r( x , x , x ,..., x ) 1 2 3 n Pour l’Etat, la dynamique des machines de guerre, la manière dont chaque machine de guerre perpétue la ligne de son itinéraire, peut seulement être tracée et étiquetée numériquement grâce à la logique des frontières, la programmation des systèmes d’accommodement d’habitation et les (dis)locations que l’Etat est capable de suivre en contrôlant les niches et leurs adresses dynamiques. En surveillant les frontières à travers lesquelles les entités passent, en explorant les effets temporels sur (ou l’altération de) les forces de la territorialité que les entités mouvantes laissent derrière elles, leur type de localisation, et leurs comportements envers l’économie méréologique (l’économie du tout), l’Etat peut fabriquer un cogito (une cognition non humaine) non seulement pour comprendre mais aussi pour classer les mouvements des entités et la dynamique des machines de guerre dont l’itinérance nomade immodérée signifie qu’ils ne peuvent pas être appréhendés ou perçus par l’Etat. Il s’agit du cogito requis pour l’appropriation des machines de guerre par les protocoles et les formes militaires de l’Etat. Lié à une segmentarité (semi-)rigide, la dynamique des frontières, les connections basées sur l’affordance et les localisations statiques et dynamiques (ou plus précisément, des localisations in situ et ex situ), l’Etat examine l’espace dynamique de chaque entité et de ses activités – ces activités correspondent à ces régions fonctionnelles, territoriales et méréologiques – non seulement afin de lire les caractéristiques d’une entité mais aussi pour la localiser sur son réseau de domination. L’Etat et toutes les configurations de l’Economie de Survie suivent les entités à travers la ou les niches qu’elles habitent ou peuplent. Pour l’Observatoire militaire de l’Etat, explorer et suivre l’évolution de la niche
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est la tâche centrale et primordiale ; la ligne itinérante d’une entité ou d’une machine de guerre, ses communications et ses traits fonctionnels sont déchiffrés en scannant la niche et le type de niches que la machine de guerre occupe. Les machines de lecture avancées de l’Etat sont même capables d’extraire l’essence même d’une machine de guerre ou d’une entité en analysant les caractéristiques de la niche qui sont intrinsèquement liées à l’affordance, à la dynamique des forces des frontières, et aux principes écologiques. Cependant, comme les niches sont des entités connectives (l’entité en tant qu’événement au sens deleuzien), elles n’appartiennent pas exclusivement à une seule entité ou à un seul locataire. Des entités multiples peuvent partager une niche, et des niches peuvent former d’autres niches (les forces territoriales diminuent – mais ne disparaissent jamais – en regroupant les liens) se reliant les unes aux autres, se connectant de diverses manières. Pour leur plus grande part, les modes de connexion entre les niches se divisent en deux corrélations asymétriques : a. Butée (B) b. Chevauchement (C) Dans le modèle de la machine de guerre nomade de Deleuze et Guattari, les machines de guerre sont extérieures aux frontières de l’Etat, et les érodent sans cesse, rongeant les limites consolidées de l’Etat. La modélisation logique des interactions entre les machines de guerre nomades extérieures et l’Etat est principalement compliqué par les problèmes suivants : (a) L’Etat et la machine de guerre maintiennent tous deux un mouvement relatif l’un à l’autre (chaque dynamique sur son propre plan tactique) qui fait des machines militarisées de l’Etat et des machines de guerre nomades des entités glissantes avec une capacité de déplacement augmentant à mesure que les attaques et les contreattaques s’intensifient aux limites de l’Etat. (b) La montée de l’Etat clandestin, qui s’ouvrent aux machines de guerre nomades pour les absorber dans ses formations militaires par des contacts continus avec les machines de
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guerre nomades (de tels contacts sont essentiellement liés à des potentiels de contamination à la fois pour l’Etat et les nomades) ou réinvente des machines de guerre nomades avec ses mercenaires, des lignes dynamiques pour étendre l’Etat au-delà de ses frontières, une nouvelle frontière dynamique qui donne à l’Etat l’opportunité d’adapter (coloniser ?), d’avoir une affordance [12] économique avec l’Extérieur, au lieu d’être déchirées par l’Extérieur. En se concentrant sur l’aspect spatio-géographique de la machine de guerre (nécessairement interconnecté avec son aspect affectif) – ou, plus précisément, en explorant un modèle méréotopologique de la machine de guerre nomade et de l’Etat à travers leur mode distinctif, mais général, de connexion qui peut être saisi comme une butée ou connexion externe – peut-être la tâche première pour tracer le diagramme de l’espace des affects et les lignes du mouvement qui sont générés entre le nomade concret et l’Etat. Cette modélisation, à la fois spatio-géographique et méréotopologique (et donc qui indique nécessairement un espace affectif immanent) de la machine de guerre nomade et de son positionnement relatif à la frontière de l’Etat élucide le processus en jeu dans l’émergence d’états nomades anomaux (comme le cas de « l’état de guérilla » et de ses connexions avec l’ethno-nationalisme en Iran ou les tribus nomades des Bédouins et leurs liens forts mais ambigus avec le gouvernement Saoudien) aussi bien que le risque croissant pour les machines de guerre nomades engageant des états clandestins ou des états aux frontières obscures. Positionnement de la machine de guerre nomade sur un plan méréotopologique
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La Butée (fig.1) est une connexion externe qui implique un échange minimal entre les niches ou les entités (c’est la connexion la moins contagieuse, compte tenu de sa tendance à la dissociation). Elle se distingue par son caractère intermédiaire entre le chevauchement partiel et la disjonction ; elle relève d’un contact tangentiel et d’une superposition des frontières. Ce qui avait été la frontière de défense de l’Etat est continuellement érodé par la marée insouciante et le mouvement de dérive des machines de guerre nomades. Ce mode de connexion (la Butée) a peu à peu perdu de sa signification opérationnelle, d’une part avec l’émergence de machines de guerre symbiotiques et de manipulation, ainsi que la militarisation secrète, et d’autre part avec les réformes poussées de l’Etat en vue de l’adaptation (ou de la colonisation) du Dehors. Ces dernières sont connectées à la fois à l’introduction de facteurs climatologiques territoriaux [13] sur les dynamiques des blocs nomades, et au développement de nouveaux modes de survie. Maintenant, l’Etat sait bien comment préserver ses fondations, même si cela implique d’assembler des espaces susceptibles d’être sujets à l’érosion des machines de guerre nomades, d’attirer ou de détourner les incursions nomades vers des régions précises et préprogrammées afin de protéger ses zones sensibles et ses mécanismes vulnérables, ou de transformer sa macropolitique en une micropolitique viable, ouverte d’un côté et fondée de l’autre. Pour une connexion Cτ , la Butée peut être représentée sur un plan euclidien  2 telle que:
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Aτ(x, y) df Cτ(x, y) ∧ ¬Οτ( x, y ) (x est en butée avec y) = (où Oτ est une frontière de chevauchement) Ou soit T = {X, cl} un espace topologique, où X est un ensemble de points et cl l’opérateur de clôture. Soit I un ensemble quelconque qui inclut 0. Le domaine, D, d’un modèle feuilleté est un ensemble non-vide de paires ordonnées xi = x,i où ∅ ≠ x ⊆ X et i ∈ I . (la notation xi sera employée à la place de x,i ). A(xi, yi) =: x ∩ y = ∅ & (cl(x) ∩ y ≠ ∅ or x ∩ cl(y) ≠ ∅) (est en butée) Puisque la Butée relie des entités sur un plan tangentiel (confinium), l’Etat peut résister effectivement à tout afflux entrant de machines de guerre nomades selon ce mode connexion, et ce, avec un minimum d’usure et de dommage de ses zones internes (plan de la logistique et des lignes de commande). En fait, l’Etat clandestin cherche à canaliser tous les dommages causés par les machines de guerre nomades selon ce mode de connexion. Il le fait en manipulant et sapant les menaces fondamentalement contagieuses, et en les déviant vers des processus distributifs et récupérables ; ces derniers peuvent même être programmés pour transporter l’Etat en dehors de ces segmentarités rigides et ses liens despotiques à la territorialité, en prolongeant la survie de l’Etat dans un mode fluxionnel à la manière de la machine abrasive qu’est le fluvius (rivière) qui érode la solidité afin de le transporter par des champs vectoriels conservatifs dynamiques de processus sédimentaires, capturant ainsi la fécondité et la capacité d’irrigation. Avec des machines de guerre qui rongent infatigablement le textum de l’Etat, qui incisent et dissolvent ses frontières friables, l’Etat commence à se répandre au dehors, ce qui n’exprime pas seulement un effondrement de l’Etat, mais aussi la dangereuse exposition de la machine de guerre nomade à la grille sous-jacente sur laquelle l’Etat est assemblé, et qui maintient son espace entrelacé, c’est-à-dire à un réseau de processus fondamentaux, à des mécanismes de régulation territoriale et de répression économique.
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L’installation de l’avant-garde des machines de guerre nomades sur le plan de l’Etat, en l’absence de toute machinerie neutralisant les fonctions de territorialisation et de modération de l’Etat, relève d’un cas similaire à celui d’une ligne de déterritorialisation précoce qui facilite à la fois l’établissement non conventionnel de nouveau Etats immunologiquement amélioré ou d’un vol suicide. L’histoire perse raconte sur une longue période (des Achéménides à la dynastie Qajar (1779-1925), soit plus de deux mille ans) une telle conversion continue des forces nomades en forces étatiques, avant d’être de nouveau remplacée par une autre population nomade (un soulèvement nomade cyclique contre le régime en place avec une cellule germinale nomade toujours active mais privatisée, à l’instar de l’élite de l’Etat, c’est-à-dire une institution militaire versatile). Un tel effritement de l’Etat par des précurseurs nomades a progressivement permis la montée d’Etats plus puissants (en termes de gravité, d’immunité et des résistance aux parasites) mais aussi plus instables, et a conduit à une pauvreté politico-économique, au manque d’un système nerveux autonome et la polarisation de populations différentes sans la possibilité de diversité positive, à une vulnérabilité constante aux schismes, guerres civiles, ainsi qu’à la généralisation de lignes de failles ethnonationalistes délétères à un pays entier ou même à toute une sphère géopolitique. Quand les processus abrasifs des machines de guerre maintiennent leurs positions érosives – caractérisées essentiellement par le transport de dynamiques de friction (tactionis) et les processus de gaspillage de masse – sur une longue durée aux bords de l’Etat, entre l’Etat et les machines de guerre, des nexus territoriaux hyperactifs augmentent et se répandent. Une fois que de tels nexus sont établis, l’économie sousjacente fondamentale de l’Etat (ou de ses forces territoriales), ses entités et même les machineries internes de l’Etat se répandent directement dans l’espace traversé par les machines de guerre nomades, et ce, à un tel degré, qu’elle envahit l’espace nomade et se change en une extension dynamique de l’Etat [14]. Dans ce cas, les entités fonctionnelles ou territoriales de l’Etat ne peuvent plus être effectivement enveloppées et transportées par des machines de guerre nomades (de même dans le cas d’un contact tangentiel). Elles
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ne peuvent être séparées de la grille de domination étatique et être totalement dispersées vers le Dehors (fig. 2) Le contact dangereux entre les machines de guerre nomades et l’Etat, qui les expose aux sphères de régulation fonctionnelles/territoriales de l’Etat, peut finalement mener à l’émergence soit d’un Etat nomade soit à un nomadisme ethnonationaliste (identique aux politiques patriotiques de l’Etat). L’un des exemples les plus significatifs de telles anomalies déclenchées par la surexposition des machines de guerre nomades à l’Etat est celui de l’histoire de la Perse. (b) Chevauchement : Si, dans une approche simplifiée, P représente la partie et O le chevauchement : Oτ(x, y) = df ∃z(P(z, x) ∧ P(z, y)) Et : Oxy = : ∃z(Pzx & Pzy) (x et y se chevauchent) Alors les axiomes suivants s’appliquent : AP1 : P(x, y) ↔ ∀z(O(z, x) → O(z, y)) AP2 : ∃x(φ(x)) → ∃x∀y(O(x, y) ↔ ∃z(φ(z) ∧ O(z, y)))
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Toute participation (qu’elle soit methexis en tant que participation fondée sur la survie, ou simple participation) se produit selon des connexions de chevauchement. Par conséquent, la majorité des connexions combinées (tangence, partie, intérieur, etc.) s’effectuent selon différentes possibilités révélées par le chevauchement entre entités. Le chevauchement trace des lignes de coïncidence entre deux événements, ou deux entités, en spécifiant une localisation, une adresse, partagées partiellement ou complètement par deux entités dans une région spatio-temporelle ou fonctionnelle. Et les appropriations de l’Etat et les insurrections contre lui se manifestent par ce mode de connexion. Pendant qu’il est exploitable par l’Etat et par l’affordance, ce « chevauchement » peut être aussi la source principale d’insurrection. C’est le domaine de connexion par lequel les machines de guerre quittent son extériorité d’érosion de frontière et arrivent directement sur la grille de l’Etat, à la fois pour être spécialisée par l’appareil étatique et transformé en formations militaires, ou par être réinventées comme entités contagieuses, endo-
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symbiotiques et parasitiques, qui coïncident avec l’Etat et ses machineries, et donc qui découvrent un large éventail de fonctions clandestine et de manipulation. Fig.4 : Chevauchement partiel et ses relations intervallaires dans le camouflage (1) entre deux entités (2) entre deux entités et une entité tierce Sur un plan plus technique, c’est par leur utilisation du « chevauchement » (ou, plus précisément, de la coïncidence, puisque la question du chevauchement entre entités dont il est question ici est celle de niches en chevauchement que ces entités occupent [15]) que les opérations de camouflage trouvent leur cohérence essentielle. De plus, celles-ci transforme le chevauchement en un positionnement politiquement opérationnel qui viole la symétrie d’un niche pour une entité et ses diviseurs (événements, entités, etc.) par l’inscription d’adresse (programmes), lesquels sépare et discrimine les adresses ou les niches de deux entités en termes de coordonnées spatio-temporelles. Cependant, cette violation (qui nécessite une activation du camouflage) ne peut être persistante parce que les camouflages de prédation/militaires emploient toujours le chevauchement partiel, dont une partie est constamment accessible en tant que « non camouflée » (appartenant à la fois à l’entité camouflée x ou à l’entité qu’elle devrait chevaucher, i.e. y [16]. [Voir fig. 4]. Ceci ne rend pas seulement possibles le traçage et la manipulation de l’entité camouflée à un niveau tactique, mais aussi offre à l’entité camouflée une voie d’évasion ou un espace pour l’évacuation immédiate et le retrait de sa position de camouflage. (Une voie d’évasion peut aussi être déverrouillée lorsque une entité z – un tiers – se
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connecte à la fois à x et à y avec des positions de chevauchement différente pour chacune (voir fig. 4) : ici, l’évasion se déroule grâce à un autre camouflage, qui n’est constitué par la participation ni de x ni de y. Cette partie « non camouflée » ou « non chevauchée » empêche que le camouflage soit durable et reste non détecté, mais le rend aussi contrôlable ; l’entité camouflée peut quitter le camouflage à tout instant. Tous les types de camouflage tracent une fonction perturbatrice, fonction qui a pour origine la partie chevauchée (qui a principalement lieu à un niveau fragmenté), et qui conduit l’adresse ou la niche d’une autre entité (par exemple, la proie) vers l’entité camouflée (chasseur) ; par conséquent, elle perturbe les corrélations méréologiques (partie-tout) en jeu dans ce qui devrait être camouflé, et qui devrait rendre l’entité temporairement et partiellement non repérable. De telles perturbations (qui ciblent généralement un point ou une liaison de référence par lequel une entité est détectée) peuvent produire des problèmes cognitifs aussi bien que la subversion de certains liens spécifiques à l’environnement qui traversent à la fois l’entité camouflée et son objet (la proie). Le camouflage en mouvement utilise un type particulier de dynamisme tactique (dans les cas où la proie est aussi en mouvement, le mouvement du prédateur camouflé s’engage dans une poursuite chaotique ; le mouvement peut être modélisé par la projection des courbes de la poursuite sur un attracteur de Rössler) ou de chevauchement dynamique pour perturber sa distance et ses déplacements par rapport à la proie, et ce, en suivant un chemin qui le connecte à un point fixe (utilisé par la proie comme point de référence – un vecteur-unité constant) pendant que le mouvement de la cible rencontre celui de l’agresseur. Ainsi, dans le camouflage en mouvement, le chasseur reste-t-il stationnaire du point de vue de la cible. Dans les camouflages militaires les plus courants – couverture et déguisement d’objets (soldats, véhicules, artillerie, base de lancement, etc.) – utilisant des matériaux qui brouillent l’apparence des structures, la perturbation s’effectue grâce à des modifications superficielles d’un objet camouflé sur lequel l’organe de la vision se concentre comme sur une liaison de référence entre différents type de structures de surface au sein de l’espace qui l’entoure. L’invisibilité, elle aussi, utilise et modifie le chevauchement partiel en tant qu’occlusion par des surfaces assombrissantes,
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en intériorisant, en positionnant l’entité camouflée à l’intersection des frontières. L’inconvénient premier de la machine de guerre invisible est le risque d’être repéré par les régimes sémiotiques de l’Etat qui sont plus obsédés par ce qui manque que par ce qui existe. C : Coïncidence O : Chevauchement P : Partie Cov : couverture CCoin : Coïncidence complète Ce qui résulte du chevauchement partiel, c’est que toutes les perturbations et les subversions des liens méréologiques sont finalement découvertes ; et chaque fois qu’un camouflage est repéré, il perd progressivement son efficacité ; chaque entité qui se sert d’un tel camouflage sera plus facilement détectée et ses contre-mesures moins efficaces ; il s’agit d’un symptôme des connexions holistiques entre le chevauchement partiel et la « localisation » qui n’a pas encore été neutralisée et spatialement effacé. C’est pourquoi le camouflage est rarement implémenté comme action première ou tactique offensive mais surtout comme un processus logistique ou un espace de transition déstructuré entre différentes lignes tactiques et opérationnelles. Les caractéristiques fugaces et les restrictions opérationnelles drastiques empêchent la transformation radicale du camouflage en armement.
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Un Takfiri guidé par la Taqiyya (hypercamouflage islamique) n’occupe pas une niche pour remplacer une autre entité, ou pour s’installer comme agent caché. Il pousse la connexion à son environnement jusqu’au chevauchement partiel, à un champ unifié de connexion et de correspondance, à une totale coïncidence avec sa cible, i.e. à un chevauchement complet de sa niche avec celle de sa cible. Il se superpose entièrement à sa proie et à sa niche, et reste silencieux. Coin(x,y) ↔ ∃z (Cov(z,x) & Cov(z,y)) (x et y coïncident si et seulement si il existe un z qui est recouvert à la fois par x et y ; z représentant ici une niche. Alors que Cov est une relation transitive et réflexive, Coin est symétrique et réflexive. La relation de coïncidence est bien entendu plus large que celle de chevauchement, puisqu’il y a des paires d’objets en non coïncidence, ou même des processus, qui n’ont pas de parties en commun. La même question se pose pour un Takfiri guidé par la Taqiyya et un civil.) Pour un Takfiri guidé par la Taqiyya, l’occupation n’est ni un but militaire ni une tactique ; en effet, l’occupation est la localisation exclusive attachée aux cartographies de colocalisation et aux connexions parties-tout – c’est-à-dire, le despotisme du Tout – et l’occupant est vulnérable aux forces environnementales ; il peut être facilement distingué, localisé, isolé et finalement exterminé, i.e. défait à un coût minimal pour son environnement et ses dépendances. Là où l’occupation est liée au militantisme visible et à l’escalade des modes de guerre et d’exclusion, la Taqiyya armée est malignement diffusive. En méréologique (le discours des modes de connexion parties-tout) on appellerait chevauchement total le positionnement de la Taqiyya : le Takfiri constitue un ‘survivalisme’ sinistre dont la fonction de base et de procéder à l’extinction de la survie elle-même. Dans le chevauchement total (voir Fig. 6), chaque région, fonction ou partie de l’entité hypercamouflée ou prédateur – le « Takfiri guidé par la Taqiyya » (X) – peut correspondre à la région, fonction ou partie de la proie, de l’hôte ou du civil (Y). Si donc chaque x (partie ou fonction de X) devient l’homologue du y correspondant (partie ou fonction de
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Y), ou plus précisément, si chaque x correspond à son y « à tous niveaux » alors chaque fonction de X (le mouvement tactique du Takfiri guidé par la Taqiyya, ou prédateur hypercamouflé) peut être transférée à Y ; X et Y se font advenir mutuellement. x= y ↔ ∀z(Oxz ↔ Oyz) (Chacun des deux membres du domaine qui chevauche les mêmes entités sont identiques.) Fig. 6 Chevauchement total et accomplissement symétrique (Symétrie : Soit S le symbole de la symétrie où n est un entier, d est le descripteur de classe et compd est le complément de d : S = {n(d ∧ compd}) Mais la dimension la plus horrifique de cette configuration se révèle lorsque le processus se renverse. Si chaque x fait advenir son y correspondant, alors, par le biais de l’espace d’« exacte connexion-correspondance » que le chevauchement total et la coïncidence complète (CCoin (xi, yi= ) : x= y ) [17] permettent, chaque y (i.e. chaque fonction ou positionnement de la proie Y, qui comprendrait pour leur plus grande par les fonctions de survie normales et les activités individuelles ou sociales ordinaires) peut être transféré à son x correspondant et finalement le fait advenir également. Par la saisie d’un y quelconque, un x correspondant est déclenché et mis en circulation secrètement ; et puisqu’il s’agit de chevauchement total, la survie et l’aptitude à communiquer en tant que telles de Y déploie, active et fait advenir le corps menaçant de X, le Takfiri guidé par la Taqiyya. D’une part, la survie de la proie (de l’hôte, du civil) est en accord total avec l’enthousiasme sinistre du terroriste, et d’autre part, la paix est généralement conçue comme un état de survie collective. Par conséquent, la survie et du terroriste et du civil n’apportent rien
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d’autre que l’endo-militarisation (interminable ?) de la paix, une menace globale des civils, la montée de la Guerre Blanche et, alimenté par la soif infinie du Jihadisme hérétique, que le péril de la contagion de la guerre puisse s’étendre sans limite, jusqu’à envahir l’horizon même de la vie et de la survie en général. Maintenant que la survie de Y, ou hôte/civil (avec ses moyens de communication et modes de connexion par et avec son environnement), fait advenir le corps politique et militaire du « Takfiri guidé par la Taqiyya », la simple existence du civil devient une arme à la fois contre lui-même et contre l’immunité entière du système dont il fait partie et qui le protège, et ce, à un tel degré qu’une surréaction autophagique apparaît au système comme la seule solution logique. C’est l’acmè militaire de la Taqiyya que de déduire la folie irrévocable des prémisses que constitue la logique essentielle requise par la simple survie. Conclusion exégétique « Les tendances explorées ici seront évidemment décidées sur "le champ de bataille" – ce qui, de plus en plus, signifie partout. Le caractère central de l’hypercamouflage pour la stratégie jihadiste a déjà d’immenses conséquences, car elle induit une vague de 'rétromilitarisation' dans laquelle les machines de guerre de l'Etat sont conduites à une invasion croissante de la vie civile, processus évidemment sans limite (qui s'étend à tout le corps social). D’une part, l’auto-désassemblage de sa propre machine de guerre par Saddam Hussein, compte tenu d’une insurrection latente, est un exemple de cette tendance, tandis que de l’autre, le renforcement des formations logistiques US grâce au blindage des véhicules et de l’entraînement au combat pour tous les types de personnel en constitue le complément.
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Les préoccupations relatives aux Droits de l’Homme à propos des morts de civils peuvent être étendues avec pertinence du niveau empirique au transcendantal, où le principe d’éradication de toutes les populations civiles entre en scène. Le concept même de "civil" devient nettement daté. (L’analyse de Virilio – bien qu’il trahisse une perspective quelque peu antique par l’emploi de termes tels que "endocolonisation" – paraît avoir anticipé cette tendance). Les Etats-Unis sont particulièrement intéressants parce qu’ils restent une société "périphérique" (et même du "tiers-monde") par certains côtés, marquée par un faible indice domestique de monopolisation étatique de la violence, qui permet donc une rétromilitarisation, c’est-à-dire une connexion entre le pôle de l’Etat et un paramilitarisme endogène déjà enraciné parmi les populations "civiles" (vigilance armée et milices). Tant que les milices sont impliquées, le monde n’a encore rien vu. » [18] [1] Jama’at-e Takfir (La Société de l’Excommunication) influencée par la Confrérie musulmane Qutb a émergé en Egypte comme groupe fondamentaliste dans les années 1960 avec l’islamisme radical et militant (le précédent étant similaire au Salafisme extrémiste) impliqué dans des réseaux d’opérations furtives et décentralisées. Ce groupe est partisan de tous types d’actions militaires (batailles rangées ou non) contre les Juifs, les Chrétiens, les Musulmans apostats ou modérés, qui permettraient d’en revenir à l’unité originelle de l’ordre du monde islamique. [2] Cf. Barry Smith « Mereotopology : a theory of parts and boundaries » in Data & Knowledge Engineering, Volume 20, Issue 3 (November 1996), Elsevier Science Publishers, pp. 287-303.
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[3] « Que les croyants ne prennent pas, pour alliés, des infidèles, au lieu de croyants. Quiconque le fait contredit la religion d'Allah, à moins que vous ne cherchiez à vous protéger d'eux. Allah vous met en garde à l'égard de Lui-même. Allah est la destinée ultime. » (Coran, 3, 28) [4] Sayyid Qutb (1906-1966) : un des principaux théoriciens du Renouveau de l’Islam et une inspiration pour des extrémistes ultérieurs comme Faraj ; son Ma’alim fi-l-Tariq (Repères sur le chemin) est peut-être le premier ouvrage théorique de l’Islam extrémiste moderne et mêle des exhortations pragmatiques à des doctrines politico-religieuses autocentrées. Sur Qutb, voir l’analyse de Paul Berman sur le terrorisme inspiré par le militarisme caliph et le Renouveau de l’Islam hérétique : BERMAN, P. (2004) Terror and liberalism, WW Norton & Company. [5] La civilisation islamique peut prendre diverses formes quant à sa structure matérielle et organisationnelle, mais les principes et les valeurs sur lesquelles elle se fonde sont éternels et immuables. Il s’agit de : le culte de Dieu seul, la fondation des relations humaines sur la croyance en l’Unicité de Dieu, la supériorité de l’humanité de l’homme sur les choses matérielles, le développement des valeurs humaines et le contrôle des désirs animaux, le respect de la famille, l’assomption du co-règne de Dieu sur Terre selon Sa tutelle et Son instruction et dans toutes les affaires de ce co-règne la règle de la loi de Dieu (Chari’a) et le mode de vie prescrit par Lui… (Sayyid Qutb, Ma’alim fi-l-Tariq ; voir QUTB (1991) Milestones, American Trust Publications, p. 286) [6] Les questions d’escalade et de diffusion du conflit dans l’espace et le temps sont d’une grande importance à la fois pour les campagnes militaires occidentales et pour les actions terroristes des jihadistes. Tandis que le Jihadisme utilise la diffusion pour ses conflits hors champ de bataille (à travers la contamination pétro-politique des systèmes politico-
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économiques mondiaux, son utilisation sans tabou de la Taqiyya armée, sa préférence donnée à la stratégie plutôt qu’à la tactique ainsi qu’à la communication de type contagieux plutôt qu’à la transgression), le techno-capitalisme occidental maintient une position d’escalade sur le champ de bataille, position connectée au corps propulsif du techno-capitalisme, sa précision tactique et sa suprématie. Cependant, tous deux partagent une tendance commune au conflit, transformant les agents humains en champs de bataille moléculaires et machines de guerre. Pour le Jihadisme, cette molécularisation des guerriers prend une forme dispersive et épidémique, notamment avec la Taqiyya (para)offensive. Pour le camp occidental, elle se manifeste par une renomadisation (au sens deleuzo-guattarien de machines de guerre nomades) de l’armée d’Etat ainsi que par la miniaturisation de l’armée entière et de ses divers matériels sur le corps de chaque soldat. [7] Une maladie des plantes qui se caractérise par la mort graduelle des jeunes pousses et qui progresse vers les plus grandes branches. [8] OTIS, L. (1999) Membranes : Metaphors of invasion in Nineteenth-Century Literature, Science and Politics, The Johns Hopkins University Press, pp. 34-35. [9] En fait, certains systèmes contrôlés se concentrent essentiellement sur des niches aux contours vagues afin de filtrer et guider ses occupants (locataires). Les systèmes de contrôle du trafic aérien analyse constamment le volume de l’espace aérien protégé ou limité – définissant un volume entourant un objet volant – afin d’éviter les collisions, etc. Le volume de l’espace aérien protégé est l’équivalent de la niche pour la gestion du trafic, une simulation de la niche en jeu pour les avions ou les oiseaux migrateurs.
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[10] Cette unicité est caractérisée par les qualités et les propriétés définitionnelles que le lieu attribue à une entité dans l’espace-temps, mais avoir lieu ne signifie pas en être le propriétaire exclusif. [11] NdT : Le concept d’affordance a été inventé par le psychologue de la perception Gibson pour désigner les propriétés actionnables entre le monde et un individu (personne ou animal). Pour Gibson, les affordances sont des relations. Elles existent naturellement et n’ont par conséquent pas à être visibles, connues, ou souhaitées. Voir note 5. [12] L’affordance est un réseau économique (au sens où il est connectif et réciproque) par lequel l’ouverture peut être exploitée comme un fond pour la survie, l’adaptation, l’habitation et la régulation de la communication. Le terme d’affordance tel qu’utilisé ici diverge par certains aspects du terme original inventé par James Jerome Gibson (fondé sur les travaux d’Ingarden, Brentano, et d’autres) dans ses études éco-cognitive. Les régulations par lesquelles une entité peut maintenir sa position dynamique (en un tout, c’est-à-dire un lieu méréologique) et survivre dans son horizon environnant proviennent d’un réseau fondé sur l’économie et profondément ancré sur les interactions, les connexions et les participations régulatrices, toutes tissées sur l’accessibilité (affordability) mutuelle entre les entité et leur environnement. L’affordance n’appartient pas exclusivement à un pôle de la communication économique mais se distribue entre deux entités méréologiques au moins. A travers l’affordance, l’ouverture ne peut pas échapper aux régulations économiques et de survie. Le modèle le plus éclairant (cependant simplifié) de l’affordance est la Tetrasomia d’Aristote (rotations des éléments).
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Le mouvement de rotation entre les éléments anime une dynamique de purification du tout. Chaque phase de la rotation se fonde sur des mesures dynamiques et l’affordance entre les éléments. Les éléments sont ouverts à chacun d’eux à la fois diamétriquement et diagonalement, mais ne peuvent jamais se chevaucher entièrement ou communiquer radicalement l’un avec l’autre ; ils nécessitent un moyen terme pour former des nexus rotatifs et maintenir leur intégrité. Ces moyens termes ne sont valides que pour un emplacement particulier du panorama rotatif intégral ; bien qu’ils donnent au système un polemikos propulsif ou une dynamique cyclique, ils fonctionnent localement (en tant que résultat de l’accessibilité mutuelle des éléments et, en même temps, à tout le système de la Tetrasomia). Par exemple, la Terre et l’Eau nécessitent le Menstruum (boue vivante) pour communiquer. Cette boue vivante est une entité communicationnelle, mais aussi une frontière dynamique qui transforme et approprie la Terre et l’Eau avant de les ouvrir à chacun d’eux ; cela ne peut fonctionner que localement entre la Terre et l’Eau et pas à un autre emplacement de la Tetrasomia. Le tout utilise ces communications économiques pour se consolider lui-même et permettre la Vie (pour survivre). « Je pense que les affordances ne sont pas seulement des qualités phénoménales de l’expérience subjective (qualités tertiaires, propriétés dynamiques et physiognomoniques, etc.) Je pense également qu’elles ne sont pas seulement des qualités physiques des choses telles qu’elles sont conçues par la science physique actuelle. En fait, elles sont écologiques, au sens où elles sont des propriétés de l’environnement relatives à un animal. Ces considérations sont neuves, et ont besoin d’être discutées. » (J.J. Gibson)
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[13] Sur le climat et la nomadologie : Selon la soi-disant Révolution de l’agriculture et de l’hydraulique en Iran (semblable à celle que Wittfogel associait à l’Empire Chinois, tout comme celle mise en avant par les théories plus récentes de Homer-Dixon sur l’Hydropolitique), pendant le règne du Shah Mohammad Reza Pahlavi, un plan hydraulique – hautement recommandé par les consultants américains – a été développé et proposé comme catalyseur du développement économique en Iran ; l’un des nombreux objectifs de ce plan était de résoudre le problème du nomadisme en Iran. Excepté la restructuration hydraulique de la géographie variée de l’Iran (une géographie dotée d’un potentiel naturel pour la construction et la diversification des lignes de mouvement nomade), l’un des stratagèmes de ce projet de réforme hydropolitique fut de créer un système de contrôle et de domestication des nomades iraniens qui jouaient un rôle-clé dans la résistance au centre, ou qui induisaient une désintégration géopolitique du territoire de l’Etat grâce à leurs mouvements ethnonationalistes. Le plan ne fut ni une méthode destinée à aspirer les nomades de l’est et du centre vers le centre de gouvernement ni un projet pour les adapter de force à une sphère sédentaire par le biais de la monopolisation des réseaux hydrographiques et des pressions militaires directes. Il leur suggérait plutôt un accompagnement, un enclenchement de leurs dynamiques dans les lignes tactiques fluxionnelles de l’Etat, dans sa frontière en mouvement et ses forces territoriales. L’objectif du projet était de construire un climat doux ou une zone de conductivité hydraulique (correspondant à l’hydropolitique de l’Etat) qui adapterait de manière autonome les nomades en les faisant se mouvoir à travers lui et donc faciliterait la totalité du processus de contrôle, de domestication et de suivi des nomades. Ce climat étant finalement transformé en un réseau extrêmement puissant d’immobilisation des nomades, il emploierait sa tête hydraulique pour configurer les mouvements des nomades selon la géopolitique de l’Etat, la convergence économique et la puissance militaire (un espace accessible aux entités militaires étatiques, spécialement pendant les insurrections). L’Etat cherchait à élever ses propres lignes nomadologiques territorialisantes (plus que territorialisées). Ce climat devait en fait consister en « rivières artificielles » qui étaient supposées se trouver dans tout le pays. La construction de ces
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rivières devait être menée sur plusieurs années, dans un pays ayant toujours souffert d’un manque d’eau dans ses régions centrales et orientales. De telles zones fluides, riches et puissantes ou de telles lignes hydrauliques (que sont par exemple les rivières et ceux qui en dépendent) éparpillées à travers le pays auraient graduellement attirées (selon le modèle de la gravité) les nomades, en leur offrant un climat certes préférable, mais qui cartographierait précisément leur migration. Un climat donc, qui aurait en fait été assimilable à une machine de contrôle autarcique ; il aurait rendu ses habitants prévisibles et aurait déployé une sphère fluide de domestication pour les nomades iraniens. [14] Une tête de pont pour le mouvement ultérieur de l’Etat vers sa reconstitution micropolitique. [15] Deux entités seront dites en chevauchement lorsqu’elles ont des parties en commun ; deux entités coïncide lorsqu’elles occupent des régions de l’espace qui se chevauchent. [16] Un exemple de partie non camouflée (non chevauchée) appartient seulement à x ou à y. Lorsque la partie « non camouflée » appartient simplement à y : x chevauche y de manière interne, quand : IOτ(x, y) = df ∃z(IPτ (z, x) ∧ IPτ (z, y)) x est une partie interne de x, et quand : = IPτ(x, y) df Pτ (x,y) ∧ ¬TPτ (x,y) et TP = τ(x, y) df Pτ (x,y) ∧ ∃z(A τ (z,x) ∧ A τ (z, y)) , x est une partie tangentielle de y.
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[17] La coïncidence complète peut être exprimée en terme de couverture (Cov) : CCoin(x, y) ↔ Cov(x, y) & Cov(y, x) (x et y coïncident complètement si et seulement si y recouvre x et x recouvre y). [18] Nick Land est l’auteur de la conclusion exégétique de cet essai.